Sherman Solitaire - Suite mission 1
Petit retour en arrière. Nous revoilà collés à ce bâtiment agricole, le cœur battant au rythme du moteur. À environ 400 mètres de notre blindé, une silhouette anguleuse se découpe : le Panzer IV.
Véritable couteau suisse de la Panzerwaffe, cet adversaire est véritablement redoutable. Équipé d’optiques de haute précision, il affiche un taux de réussite insolent de 90 % au tir à longue distance, pouvant faire mouche jusqu’à 2000 mètres. Si ses évolutions de canon — du 75 mm court au redoutable KwK 40 long — dictent la menace offensive, il traîne un talon d’Achille : un blindage vertical de 80 mm, vulnérable même face à des pièces légères. Pour nous, c’est un duel d’asymétrie totale. Il faut manœuvrer pour exploiter cette faiblesse structurelle avant que la puissance de feu allemande ne nous transforme en torche.
Le rapport de situation : Duel Contre le « Couteau Suisse »
Le cliquetis des chenilles ennemies déchire l’air. Je hurle à Franck de se tenir prêt au chargement juste avant de nous glisser à l’abri (si tant est qu’on puisse appeler cette structure un abri). Un dernier coup d’œil me permet de voir le char allemand se mettre en position de défilement de tir, au nord, dans un creux. On avance de 100 mètres, tapis dans l’ombre, attendant qu’il sorte de son trou.
Je demande à Gor de border les arbres et de faire face à l’ennemi, dissimulé derrière deux bâtiments. Boyd lâche un fumigène pour brouiller les pistes. Le Panzer surgit alors, s’arrêtant face à nous, canon levé, l’équipage visiblement sûr de la supériorité de son engin. « Feu ! » Raté. « Recule, Gor ! Éloigne-toi ! ».
Dans une manœuvre désespérée — qui ressemble plus à une danse de Saint-Guy métallique qu’à un mouvement tactique — nous pivotons et reculons pendant que les Allemands se lancent à notre poursuite avec un enthousiasme déplacé. Cerise sur le gâteau de notre incompétence : notre canon est vide. On est là, à reculons, avec un tube de 75 mm qui ne sert plus que de décoration d’avant-garde.
J’entends la détonation du tir ennemi et je rentre machinalement la tête dans les épaules, comme si mes quelques centimètres de vertèbres allaient offrir une protection supplémentaire face à un obus perforant. L’impact est d’une violence à vous déchausser les dents, mais miracle de la sidérurgie ou simple pitié divine : le blindage résiste. On est toujours en vie, même si l’odeur de peur dans l’habitacle commence à sérieusement concurrencer celle du gasoil.
Rapport de Situation : L’Art de la Chirurgie au Marteau-Piqueur
C’est bon, Franck a pu charger. Boyd, l’œil rivé à l’optique et aligné sur la tourelle, se concentre. Nouveau tir. La tourelle est touchée ! Mais la bête bouge encore. Nous sortons rapidement de sa ligne de vue, profitant du fait que les Allemands doivent prendre le temps de réparer.
Je me concerte avec Gor pour adopter une conduite plus lente, moins bruyante, afin de tenter de contourner le monstre par son arrière droit, là où il est le plus vulnérable. Sur notre deuxième tir, le blindage allemand finit par céder et son moteur est complètement détruit.
La voie est enfin libre, ou du moins aussi libre qu’un champ de mines peut l’être. Il ne nous reste plus qu’à foncer plein nord pour sortir du périmètre avant que l’état-major ne nous trouve une autre mission suicide. Au détour d’un bois, on est tombés nez à nez avec une unité d’infanterie allemande. Les pauvres bougres ont dû se demander si on était perdus ou simplement très impolis.
On a croisé leurs regards un bref instant — une sorte de courtoisie mutuelle entre gens qui n’ont pas envie de mourir tout de suite — et on a continué notre route sans demander notre reste. Ce fut une rencontre « sans conséquence » pour notre progression, mais je parie que leur sergent va avoir une sacrée histoire de fantômes à raconter ce soir, si le schnaps ne lui a pas déjà grillé la mémoire.
Le Point Technique : La Menace Panzer IV
- Précision Chirurgicale : Le Panzer IV n’est pas un adversaire que l’on affronte en terrain découvert. Sa capacité à toucher sa cible à longue distance (90 % de réussite) impose au joueur de Sherman Solitaire d’utiliser chaque haie et chaque bâtiment pour casser la ligne de vue.
- Faiblesse Structurelle : Contrairement au Tigre, le Panzer IV possède un blindage vertical. Une manœuvre d’approche sur les flancs ou l’arrière est la clé tactique pour percer sa défense de 80 mm.
- Fiabilité vs Agilité : Le duel repose sur la capacité du Sherman à utiliser sa mobilité pour compenser la puissance de feu supérieure du KwK 40 (KwK signifiant « Canon pour véhicule de combat ») .
Pour ceux qui désirent suivre nos aventures… La Mission 2 nous verra aux prises avec un véritable monstre d’acier : le Tigre. (merci à Jean Claude Quoineaud pour son expérience sur la partie historique et technique)