La traduction des jeux de société (... ou "ce serait plus simple si tout était en VO bordel !")

De mémoire, AB moteur c’était en journée. Mais le soir…

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D’ailleurs qu’est-ce que tu fais donc debout à c’t’heure, toi ? :wink:

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:eyes: alors …

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(Vite, vite, une diversion :sweat: )

Il est rigolo Faidutti, avec son article sur les traductions et son joli contresens d’ouverture :smiley:

J’espérais un peu que quelqu’un allait mettre les pieds dans le plat – ou en anglais, même si ce n’est exactement la même chose, s’adresser à l’éléphant qui est dans la pièce – en dénonçant la médiocrité de beaucoup de traductions françaises.

Dis-moi, peux-tu m’expliquer comment fonctionne la traduction dans l’audiovisuel ? :nerd_face:

  • Est-ce que vous avez un tapuscrit vo des dialogues ou de la voix off ?
  • Ou est-ce que vous traduisez directement de l’oral vo à l’écrit vf ? Et j’imagine que vous devez alors écrire le time code à chaque fois ?
  • Ou est-ce que pour des documentaires pointus et assez confidentiels par exemple, genre chaines du câble type le catch ( mais peut-être qu’en fait c’est hyper regardé ?), les traducteurs et traductrices peuvent-être amenés à doubler eux-mêmes, histoire de réduire les coûts et le temps de production, si leur voix passe bien, ou est-ce qu’il y aura forcément un/une doubleuse ( une des nombreuses voix que l’on connaît dans les émissions américaines ?)
    Merci de prendre le temps quand tu pourras :grinning:

(Note : ce qui suit est long et pas forcément pertinent par rapport à la discussion en cours. N’hésite pas à passer directement au post suivant, ami lecteur qui ne t’appelle pas @patman:sweat_smile:)

Non, c’est pas un secret, mais il faut amha distinguer deux choses : ce qu’on peut faire et ce qu’on aime faire. Personnellement, dans mon domaine (les JV, et avant ça, les JdR et les romans), je peux tout faire s’il le faut, mais les jeux de sport, c’est vraiment pas mon truc, par exemple. Il m’est arrivé d’en faire parce que j’avais un trou dans le planning, mais en ce qui me concerne, un jeu de football américain, de boxe ou de catch, c’est un peu la purge absolue.

Après, il y a amha deux choses faisant que certains traducteurs ne sont pas adaptés à certains jobs : le niveau de langage et les traductions très spécialisées.

Pour ce qui est du niveau de langage, ça se retrouve aussi dans la traduction littéraire, principalement au niveau des dialogues, où certains traducteurs peuvent par exemple avoir du mal à donner une personnalité propre au locuteur, et tous leurs personnages vont s’exprimer de la même manière (par exemple, « Si nous y allions ? » / « On y va ? » / « Bon, on se bouge ? » veulent dire la même chose mais dénotent des registres de langage bien distincts et ne peuvent théoriquement pas se retrouver dans la bouche de n’importe quel personnage).

Dans ma petite équipe d’une douzaine de traducteurs (je gère le FR pour une boîte de loc), certains sont par exemple mal à l’aise dès qu’il s’agit de faire l’élision de la négation ou d’utiliser « on » plutôt que « nous », et en fantasy, leurs orques vont avoir tendance à trop bien parler. À l’inverse, d’autres se lâchent un peu trop quand il y a des grossièretés dans l’anglais et les reproduisent à l’identique en français, alors que ça passe nettement moins bien en FR, surtout à l’écrit (bon, sauf quand tu fais parler des militaires, bien sûr :sweat_smile:).

Pour ce qui est de la spécialisation, ce sont souvent les jeux de types simulation qui peuvent poser problème. Par exemple, une simul de SF utilisant un vocabulaire scientifique assez poussé, un jeu de sniper dans lequel il va falloir retrouver le nom exact de toutes les pièces des armes, des types de munitions, etc. Il y a quelque temps, on a par exemple hérité d’un jeu de simulation d’hélicoptère de combat, et le planning étant ce qu’il était (délais courts comme d’hab, d’autres projets en parallèle comme d’hab), je n’ai pas pu m’en occuper seul. J’ai donc demandé deux volontaires, et ça a été silence de mort dans la salle. Au final, deux gars ont fini par lever timidement la main (ces dames étaient habilement parties très, très loin ou avaient prétexté diverses obligations pour se désister :sweat_smile:), mais même eux n’avaient pas d’expérience en la matière, et on a dû commencer par une réunion virtuelle sur la façon de traduire des communications radio militaires afin de parer au plus pressé (l’identifiant, le vouvoiement systématique, comment traduire « roger » (pas Rabbit :sweat_smile:), quand utiliser « à vous » ou « terminé », même quand l’anglais se goure, etc.), vu qu’il y en avait partout dans le texte. Et ensuite, il y a eu l’interface et tous ses termes techniques…

Autrement dit, j’ai des traducteurs dont la sensibilité correspond parfaitement aux jeux choupinous pour enfants, et beaucoup moins à du Judge Dredd (ou l’inverse, lol). Et même si tout le monde a tendance à se bousculer pour en être quand on reçoit un gros RPG d’heroic fantasy, en fonction du style employé ou des thèmes abordés, il vaut mieux en éviter certains, sans quoi la relectrice aura un sacré surcroît de boulot. Sur les gros projets, on pose bien évidemment les bases dans un guide de style afin que tout le monde soit bien sur la même longueur d’ondes, mais même avec des instructions précises, le naturel de certains revient vite au galop.

Mais pour en revenir à ta question initiale, changer de genre en permanence, c’est justement ce qui me plaît dans le JV, et une des raisons pour lesquelles j’ai lâché la trad littéraire pour passer au JV (un paradoxe alors que beaucoup de mes collègues rêvent de pouvoir un jour faire l’inverse, je sais). Passer de la fantasy à la SF, du polar au jeu d’aventure et ainsi de suite, c’est mon truc, j’avoue. :wink:

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Ça c’est rigolo ! J’ai tellement l’image :joy:.

Et c’est intéressant, parce que ça montre que on est tous restés des gosses qui rêvent de chevalerie, de princesses et de dragons la bonne vieille fantasy reste fédératrice, ou a en quelque sorte gagné ses lettres de noblesse.
C’est amusant de constater qu’il y a vingt ou trente ans ça aurait plutôt été regardé avec dédain.
Plutôt encourageant !

Du coup les manuels techniques de simulation d’hélico, la hype de demain ? :thinking:

Merci pour cet éclairage sur les coulisses, c’est toujours passionnant à lire !

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Ça se comprend, et pour plein de raisons, en fait. Déjà, comme tu dis, il peut y avoir l’intérêt de la personne pour le genre (tu t’en doutes, il y a beaucoup de geeks dans la traduction de JV :wink: ). Mais en plus :

  • C’est l’assurance d’un projet long, pouvant parfois fournir du boulot pendant 6, 12 ou même 18 mois, sans compter les mises à jour futures. Autrement dit, du boulot régulier pendant un moment. Et quand ça tombe l’hiver (qui reste une période creuse, même si ce n’est plus le désert d’il y a 20 ans), c’est encore mieux.
  • Pour la plupart, ce sont des jeux très connus, qui « meublent » bien un CV. Des titres comme Tyranny, Skyrim ou Baldur’s Gate, par exemple, ça a plus de gueule que la 360e mouture de Football Manager ou, pire, des petits jeux pour mobile dont personne n’a jamais entendu parler. Et jeux connus sur le CV = plus de visibilité = plus de chances de dégoter de nouveaux clients.
  • En plus, c’est généralement un genre assez simple, surtout quand on s’en tient aux dialogues. Pas de vocabulaire technique à connaître, peu de concepts compliqués, etc. (pour ce qui est de la partie règles, ie l’interface, la description des sorts, etc., il est bien évidemment judicieux de la confier à des gens qui connaissent, cf le « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » posté plus haut :wink: ). Et donc, l’assurance d’avoir un bon rythme, ce qui est aussi un paramètre à prendre en compte dans un secteur où tu es payé au mot…
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C’est tellement vrai aussi dans l’audiovisuel. Quand j’étais cheffe de projets, il y a des projets que je donnais pas à certains traducteurs, même s’ils traduisent bien, parce que je savais qu’ils « oralisent » pas assez leur traduction. Pour un docu sur la famille royale avec des vieux aristocrates ou des vieux historiens, ça passe, mais pour un truc à la Tattoo Fixers, il faut clairement oraliser beaucoup plus. Les « nous » sont à bannir totalement, tout comme plein d’autres mots qu’on utilise à l’écrit mais pas à l’oral. Et il faut adapter le langage au programme, j’utilise du verlan ou des mots « jeunes » dans Tattoo Fixers, mais j’utilise du langage plus soutenu quand je fais parler un historien de 80 ans spécialiste de l’aviation britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. Tous les traducteurs ne savent pas jongler avec les niveaux de langage, donc même si c’est pas une « spécialité » en soi, c’est aussi quelque chose à prendre en compte quand tu attribues une traduction.

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En général, oui. C’est assez rare qu’on n’en ait pas (et dans ce cas, le tarif est normalement plus élévé). Parfois, on a simplement des sous-titres incrustés à la vidéo. (J’ai beaucoup bossé pour France Ô, sur des films dans une langue qu’absolument personne en Europe parle. :sweat_smile: Genre le gilbertin, le tonguien, le munduruku, … Du coup, un script sert pas à grand-chose, on se base sur une version traduite en anglais.)

Même avec un script, j’écoute toujours l’oral avant d’écrire, parce qu’il y a souvent des erreurs. Parfois, c’est pas grand-chose et ça change pas le sens, mais certains scripts sont vraiment, mais vraiment, complètement à côté de la plaque.
Pour ce qui est du TC, je travaille toujours sur un logiciel de bande rythmo, donc je n’ai pas à écrire de TC, je repère mes début de phrase, mes signes entre deux, mes pauses et mes fin de phrase sur le logiciel et j’écris mon texte dedans. (En tapant bande rythmo sur YouTube, vous trouverez plein d’exemples, genre ça : Bande Rythmo - Luca - Rencontre avec Alberto (Voix OFF) - YouTube) Après, il y a encore plein de studios qui en sont encore au fichier Word sur tablette en enregistrement, ou pire, au script imprimé, et pour ces studios-là, tu rends en effet un fichier avec TC repérés. Mais honnêtement, c’est tellement confortable la bande rythmo que je fais quand même dessus, ne serait-ce que pour savoir si ma traduction est trop longue ou trop courte (quand le texte est tout rabougri dans ton repérage, le comédien aura pas le temps de lire, et quand il est tout allongé, il devra lire comme un débile, syllabe par syllabe, donc tu coupes ou tu meubles avec des adverbes ou des adjectifs), et j’exporte mon script avec TC.

Normalement non. J’étais dans un tout petit studio, donc ça m’est arrivé de faire des voix parce qu’il n’y avait que quelques lignes (1 ligne = 50 caractères, c’est la mesure utilisée pour payer les comédiens) pour une femme et aucune autre femme dans la série, et qu’il y a une convention qui veut que le cachet minimum est de 106€, même s’il y a trois mots à dire, donc on avait pas le budget pour. Mais ça doit être le seul studio de France où une même personne est cheffe de projet, traductrice et directrice artistique, et aux heures perdues, comédienne. Les traducteurs, une fois leur traduction rendue, n’ont généralement plus rien à voir avec le programme. Ça arrive que des DA fasse des voix (que des DA fasse de la merde parce qu’ils se croient les meilleurs aussi… Il y en a un en particulier qui est bien connu pour ça…)
Sinon, pour en revenir aux « pointus et confidentiels », les chaînes spécialisées sont généralement payantes en plus d’un bouquet, et elles marchent, donc il y a un public. Mais ce qui m’étonne beaucoup plus que Chasse & Pêche, AutoMoto, Golf Channel, c’est « Crime District ». Je comprendrais jamais les gens qui paient pour regarder ces histoires morbides. :sweat_smile: Je pense être traumatisée à vie par certains scènes de reconstitution de meurtre que j’ai dû traduire.

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Merci à vous deux, c’est super intéressant en effet.

Cela me rappelle qu’une fois j’avais lu un bouquin, un thriller, dans lequel, un type venait s’installer à la campagne chez une dame.
Une chose en amenant une autre, au bout d’un moment ils commencent à se tutoyer alors qu’ils se vouvoyaient au départ. Le bouquin étant anglais à l’origine, j’en avais causé avec une collègue, parce que je me demandais comment la traductrice avait décidé de passer au tutoiement, et la collègue m’avait conseillé de contacter la dame pour lui poser la question, ce que je fis.
Je n’ai plus toute la réponse en tête, mais en gros c’était au feeling mais là aussi super bien expliqué et argumenté.
Bref, encore ! :smiley:

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Il faut que tu fasses la traduction de « Only murders in the building » ça devrait t’aider. :stuck_out_tongue_winking_eye:

Et merci à toi et @merlinpinpin pour toutes ces digressions très enrichissantes !

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Tout pareil !
Un grand merci à @merlinpinpin et à @QueenOfBabble :slightly_smiling_face:

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Ah les tutoiements/vouvoiement… Une question qui taraude bien des traducteurs… :sweat_smile:
C’est vraiment au choix du traducteur, il n’y a rien en anglais qui va vraiment faire pencher la balance.
Je viens de rendre un docu sur la famille royale, j’ai fait se vouvoyer Charles et Diana… Alors que j’ai fait se tutoyer Charles et Camilla… C’est vraiment un choix personnel, et un autre traducteur aurait peut-être fait différement.
Le truc relou aussi avec les anglophones, c’est que là où on aurait tendance à penser au vouvoiement, ils vont se balancer des mate/man/my friend. :sweat_smile: Que du coup tu peux pas traduire littéralement si tu choisis d’utiliser le vouvoiement.

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Il y a quand même des trucs, tu te demandes comment c’est possible… J’ai revu récemment l’excellent Take Shelter en VO : à un moment le gars va voir sa mère (qui perd la boule) dans une institution, et lui demande de lui raconter (parce qu’il s’inquiète pour sa propre santé mentale) comment elle s’est retrouvée là in the first place. La traduction des sous-titres, c’est « dans ton premier appartement » (véridique).

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C’est gentillet « Only Murders in the Building », ahah. Crime District, c’est pas de la rigolade. C’est pas de la fiction. C’est des vrais crimes et des vrais meurtres.
Pour te donner une idée, Motive to Murder, ce sont des crimes bien dégueus, des serial killers, des meurtres à la hache, tout ça… Il y en avait un où un policier racontait que quand il est arrivé dans la maison du meurtrier, il est descendu au sous-sol et il ne voyait pas le sol parce que le tueur avait entreposé les cadavres de ses victimes dedans et du coup, la pièce grouillait de vers. Littéralement. Et il y avait la reconstitution qui allait avec, donc les cadavres et les vers…

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Les sous-titres c’est une autre histoire… Tu l’as vu où ?
Netflix, pour couper le budget, fait faire des traductions par des gens non formés, qui font ça « pour le plaisir » ou pour « arrondir leurs fins de mois ». N’importe qui peut postuler. Ils te font faire un test pourri pour tester ton niveau d’anglais, et ils te proposent un tarif totalement inadmissible. Ça explique beaucoup de traductions pourries. Je sais pas si ça a changé, mais c’était le cas il y a 4 ans.

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Ah intéressant… J’ai dû voir ça sur Canal ou Amazon la semaine dernière. N’empêche, des trucs pointus, des pièges, des faux-amis dégueulasses, j’aurais compris, mais « in the first place » j’étais choqué :sweat_smile:

Autre exemple pour l’enfer du « tutoivouvoiement »…

Dans les gros RPG, tu croises plein de personnages avec qui tu peux éventuellement tisser des liens, mais tu ne les connais pas au départ (dans la plupart des cas, le vouvoiement s’impose donc, surtout quand un des deux est un noble, par exemple). Et, par la suite, tu peux même, selon le jeu, tomber amoureux, coucher avec eux, etc.

Sauf que voilà : on est généralement plusieurs à travailler sur ce genre de jeu, donc, il faut accorder nos violons. Et en plus, on ne reçoit quasiment jamais les textes dans l’ordre, ce qui fait qu’on ne sait pas quelles sont les scènes qui se passent avant ou après les moments d’intimité (j’en avais parlé au responsable loc d’un gros RPG présentant exactement ce problème, ça l’avait bien fait rire, et il m’avait répondu : « Désolé, mais je ne vais pas pouvoir demander à mes writers d’ajouter le tag [postsex] aux conversations qui se déroulent après que deux persos sont devenus intimes. ») :sweat_smile:

Du coup, dans ces cas-là, tu es un peu obligé de vouvoyer tout du long quand tu pars sur du vouvoiement. Avec, des fois, des situations un peu étranges, mais pas le choix, si tu veux éviter de passer sans cesse du tutoiement au vouvoiement d’un dialogue à l’autre (voire au sein d’un même dialogue, au fil des mises à jour/réécritures qu’on peut recevoir).

Ou alors, il faut prier pour bosser sur un univers de type Conan, où tout le monde se tutoie d’emblée, et hop. Mais il s’agit clairement de l’exception, pas la règle… :sweat_smile:

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