Les jeux hors KS qui sortent en boutique, c'est bien quand même!

Petit retour sur Osmosis, le dernier jeu de chez Opla, le chouette éditeur français actuellement en difficulté.


(Image issue du site de l’éditeur)

Je l’avais préco par soutien, en me disant qu’après tout, je n’avais pas tant de jeux d’association d’idées que ça. Et au final, je suis ravi de mon achat, ce que je pensais n’être qu’un gimmick se révèle être une vraie bonne idée qui en fait un jeu unique. Je ne vais pas vraiment rappeler les règles (je vous renvoie pour cela au Ludochrono, ou tout simplement au dos de la boîte, ci-dessous), juste évoquer les sensations de jeu.

J’aime bien les jeux d’association d’idées. Pas tous. J’aime pas trop Dixit, par exemple, qui est loin de marcher avec tout le monde et qui peut avoir un rythme assez pénible quand on prend du temps pour réfléchir. Et j’adore Mot Malin ou Just One qui pour moi n’ont pas de problèmes de rythmes, mais peuvent aussi ne pas marcher avec tout le monde, parce que certaines personnes n’osent pas formuler leurs propositions par peur qu’elles soient jugées nulles par les autres, ou parce que ça peut beaucoup jouer sur les références communes et que certaines personnes peuvent se sentir exclues de l’alchimie qui peut se créer entre certains joueurs.

Je trouve qu’Osmosis arrive avec une proposition très différente, en fin de compte, qui fait sauter au moins en partie ces problèmes là. Je l’ai testé dans plusieurs configs, de 2 à 5, et tout le monde a aimé (échantillon non représentatif, tout ça) : surtout, deux personnes qui détestent les jeux d’association d’idée, y compris les plus « funs » et, à mon sens, accessibles, comme Mot Malin, on aimé.

Un jeu sans temps mort
Essayons de savoir pourquoi. Pour moi, déjà, le jeu n’a pas de problème de rythme car on discute ensemble jusqu’à ce que l’on tombe d’accord sur une mission à accomplir. En clair, on n’a pas à attendre qu’un joueur « trouve son mot ». Une fois qu’on pense avoir à peu près la même idée en tête, on vote, et on passe à la suite. Si tout le monde ne voit pas l’idée commune, dans ce cas on essaye de trouver d’autres manières d’amener ceux qui ne l’ont pas à la trouver. Et si vraiment y’a un des joueurs qui ne voit vraiment pas ce à quoi pensent tous les autres, on peut quand même passer à la phase de vote. Pour réussir une manche, il faut simplement que la majorité des joueurs pensent à la même chose.

Une proposition plus radicale et pourtant plus accessible que d’autres jeux du genre ?
Je trouve aussi que le jeu permet plus facilement d’éviter l’écueil (qui n’en est pas forcément un, mais pour certains ça l’est) des « références communes qui excluent un ou des joueurs ». Car on ne discute pas de ce que représentent les cartes. On ne cherche pas à être inventif. On cherche simplement à trouver des liens entre des cartes. Et souvent, c’est assez mécanique. « Ah tiens, je vois une association thématique évidente de deux cartes. » « Moi je trouve qu’il y a un élément visuel qu’on retrouve dans trois cartes. », etc. On discute de comment les cartes peuvent s’associer, mais pas de ce qu’elles signifient, symbolisent, pas de ce à quoi elles peuvent faire référence. Si l’on ne voit pas de lien, quelqu’un finira par en trouver et ça servira de base de réflexion pour ceux qui n’avaient pas d’idées : le but devient de trouver, avec peu d’indices (car on ne peut pas dire grand chose), l’association à laquelle pense un joueur. Pas besoin d’être « créatif ».

J’aime bien le fait que certaines cartes montrent des dessins « évidents » et que d’autres le soient moins. Exemple ci-dessous, à chaque fois qu’on tombe dessus, certains joueurs ne voient pas du tout ce que ça peut représenter :grinning_face_with_smiling_eyes: :

Un vrai sentiment de progression et d’accomplissement
Un truc que j’aime beaucoup dans le jeu, c’est qu’au début, on ne comprend pas trop ce qu’on a le droit de dire. Assez peu de choses en réalité, car on ne peut rien dire qui permette d’identifier (ou d’exclure) des cartes en particulier. Si on dit que trois cartes ont un lien thématique, on ne dit rien des cartes et on n’en discrimine aucune : elles peuvent toutes être rattachées à une thématique. En revanche, si je dis que trois cartes sont liées par une thématique animalière, j’exclus très clairement les cartes qui ne sont pas liées à la thématique animalière, donc c’est interdit. Bref, au début, on est comme des cons devant nos cartes, avec nos « euh, bah j’ai un trio thématique ». Et puis au fil des parties, on apprend des précédentes. On a des automatismes qui se mettent en place. Et on trouve des stratégies pour contourner les limitations, pour exclure certaines cartes afin de resserrer la réflexion et d’aider les autres à suivre notre cheminement de penser. A ce moment là, ça devient vraiment extrêmement satisfaisant pour tout le monde.

Le bémol ? Gare à la boulette qui ruine une manche
Le seul « souci » avec le jeu, pour moi, c’est justement ce qui fait sa qualité : le fait de ne pas avoir le droit de dire grand chose lors des débats. Au début, les joueurs sont un peu perplexes, ne comprennent pas de quoi on va bien pouvoir débattre. Le déclic s’est toujours fait lors de mes diverses parties. Mais parfois c’est un peu long et, surtout, il arrive fréquemment qu’un joueur dise quelque chose qui est clairement interdit. Sans chercher à tricher, mais dans le feu des débats, il suffit de quelqu’un qui trace la forme d’un rond avec ses doigts inconsciemment pendant qu’il explique qu’il y a un motif visuel qu’on retrouve dans plusieurs cartes pour que la manche devienne gagnante sans le moindre doute (mais c’est une victoire amère). En gros il y aura des ratés, des manches « nulles » dont on ne saura jamais si elles ont été remportées parce que tout le monde est rentrée en osmose ou parce que l’un des participant a lâché un mot à la frontière de ce qui est autorisé et qui a provoqué un déclic chez les autres.

Pour finir, le jeu semble bien fonctionner peu importe le nombre de joueurs. C’est sans doute plus drôle à plusieurs, mais la mécanique fonctionne exactement pareil à deux qu’à huit.

Un rappel que les évidences n’en sont pas forcément
C’est vraiment un jeu d’association d’idées que je conseille. L’expérience est assez unique et je me rends compte qu’après chaque partie, les gens reparlent des parties qu’ils viennent de faire, refont le match, s’étonnent de la façon de penser des autres joueurs. C’est vraiment impressionnant, parfois, de voir comment les gens ont un cheminement de pensée complètement opposé pour résoudre un même problème. Comment quelque chose qui est parfaitement évident, sans la moindre ambiguïté, pour quatre joueurs sur cinq, ne l’est pas du tout pour le cinquième. C’est très chouette avec des potes, mais aussi avec des collègues !

Osmosis, à moins de détester le principe du jeu d’association d’idées, je conseille à tout le monde. Et si votre problème avec les jeux d’association d’idées, c’est que vous ne vous sentez pas créatif, que vous avez le sentiment de devoir « travailler » à trouver un mot, une idée à faire deviner aux autres, alors vous trouverez peut-être enfin ici quelque chose qui peut vous plaire.

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