Les professeurs devraient-il donner des devoirs à la maison?

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Ce sujet de discussion part d’un débat initié par @hypnos1977 (qui est professeur), qui nous expliquait qu’il existait plusieurs circulaires au cours du 20ème siècle pour interdire les devoirs à la maison.

Le débat a pris une tournure HS pour le fil qui l’a vu naître, mais il aurait été bien dommage de le tuer dans l’œuf.

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@Thierry, on aurait besoin de tes coups de :axe: pour ce sujet, stp. :grin:

Je t’ai mis le 1er post d’Hypnos dans mon 1er post, et je vais voir s’il y en a pas 1 ou 2 qui le précèdent.

Attention, il se cache quelques échanges au milieu qui ne sont pas hors sujet, mais le seront pour ici. :wink:

Edit : ca y est j’ai trouvé comment c’est parti : dans le post de @yoyo37 qui précède, pour expliquer qu’à un moment il était obligé d’arrêter les parties de kingdom Rush avec son fils, pour le mettre à ses devoirs. Vu le contenu, il a toute sa place dans le fil “Blacklist”.

Pour ma part (papa d’un gamin de 10 ans) des révisions à la maison ne me dérange pas, de même que les leçons à apprendre par coeur (tables de multiplication, poésies, temps des verbes).
Par contre enseigner les cours je suis contre, ce n’est pas mon boulot.

ps : je parle bien entendu de la primaire, pour le collège c’est différent car l’enfant est plus « autonome ».

Etant prof je confirme, en général tu ne peux pas donner de choses nouvelles en devoirs, ou d’exercices. Mais tu peux donner des relectures.
Après est-ce qu’il faut ? C’est un autre débat. Pour avoir enseigné aussi en primaire et pour avoir un enfant en âge d’avoir des devoirs, et en tant que professionnel mes avis se rapprochent malgré tout.

En tant que prof je ne donne jamais de devoirs, ou simplement à titre « disciplinaire », les seuls devoirs que je donne sont des révisions en vue des évaluations, ou bien des DM très créatifs avec un grand temps pour le réaliser.

Après personnellement ce que j’en pense, je trouve qu’on leur demande déjà une quantité assez faramineuse de choses à faire, quand je vois la liste de devoirs de mes élèves au collège dans certaines matières, c’est à se demander ce qu’ils font en classe… Même chose en primaire, quand je vois parfois la liste de devoirs c’est assez dingue. Donc de prime abord je trouve déjà qu’ils bossent beaucoup en classe, pour qu’on ait pas à leur donné encore une liste de 10 lignes de devoirs par jours.

Ensuite au niveau sociétal, quand je vois certains primaires arriver à la garderie à 7h du mat, en repartir à 19h, et avoir une liste longue comme le bras de devoirs encore à faire pour le lendemain, d’une je plains les parents, de deux l’enfant… C’est catastrophique à ce niveau, et je pense que certains collègues ne se rendent pas compte de la masse de boulot qu’ils demandent dans un temps si court.

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Aller un premier post sur l’EN en général

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Lorsque j’étais prof de math (en privé sous contrat), j’ai des parents qui se sont plaint parce que je ne donnait pas de devoir (alors que les élèves avaient des exercices libres à réaliser à la maison ainsi que dans des temps dédiés en demi-groupes).
Dur de sortir d’un conditionnement même une fois adulte …

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pour certain parents, tu n’es pas un bon prof si tu ne donnes pas de devoirs. Pour certains profs, faut occuper les gosses.

Généralement celui qui a rien a dire c’est le pauvre môme.

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Exercices libres ? En gros tes élèves les faisaient si ils avaient envie ? Du coup, ça devait plutôt être les « bons » élèves qui les faisaient, non ?
Ça me semble insuffisant pour une matière comme les Maths… Comment savoir manipuler des concepts parfois déroutant (les Relatifs par exemple) si tu ne t’exerces pas avec à la maison ?

Note : « bons » élèves = élèves qui bossent, pas forcément ceux avec les meilleures notes :wink:

Libre dans l’ordre et le contexte de réalisation. Et tous les exercices n’étaient pas à faire, le but étant de valider chaque aspect du chapitre à travers au moins un exercice.
Certains élèves sont plus à l’aise à la maison, d’autre dans les temps dédiés en demi-groupe.

Une matière « comme les maths » ça veut strictement rien dire, les maths sont pas plus compliqués ou nécessaires que n’importe quelle autre matière, c’est juste un support à la mise en place de méthodologies de travail de recherche, de coopération, de restitution, etc … tout le reste (programmes, savoirs élémentaires indispensables, blablabla) c’est du bullshit d’un système qui cherche juste à enfoncer des classes populaires et à valoriser des élites sociales.

Surtout en math, y’a aucun savoir important, fondamental, indispensable. Faut pas croire la propagande :smiley:

En fait dans les faits : bon élèves = élèves issus de milieux sociaux favorisés (et enfants de profs pour qui les codes sont facilement acquits en restant dans les classes moyennes). Y’a quelques cas qui sortent du lots pour cocher la case de la réussite sociale via le travail émancipateur, mais c’est minoritaire.

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Je ne suis pas d’accord avec l’étiquette bons élèves issus de milieux sociaux favorisés. Je suis issu d’un milieu ouvrier et j’ai toujours été considéré comme « bon élève » (même pendant mes 5 années après le bac) même si être bon élève ne veut pas dire (et heureusement réussite sociale à savoir trouver un métier épanouossant). J’ai une bonne amie à moi qui sort d’un milieu encore plus défavorisée que moi avec frères et soeurs et elle est maintenant directrice d’usine pour Loreal. Ce n’est pas le milieu social qui favorise ou pas mais l’implication que mettent les parents et surtout si le gamin y trouve son compte dans ce système d’éducation pourri.

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Perso j’utilise beaucoup plus les Maths dans la vie de tous les jours que la Bio ou l’Histoire et je ne parle pas de mon boulot :wink:

Je trouve ça très réducteur. Et je ne suis pas certain de la véracité de ton propos. Je ne viens pas d’un milieu social dit favorisé (mon père était sous officier dans l’armée de terre) et pourtant je pense qu’avec mon frère et ma sœur, on s’en est bien sorti (lui est reconnu en France et à l’étranger dans son domaine, elle est agrégée en EPS et est « prof de prof » et moi je suis manager d’équipe de dev dans une grande entreprise après un doctorat…)

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Et tu penses sérieusement qu’il n’y a pas de corrélation entre « milieu social » et « implication dans l’instruction ». Typiquement tu crois que des parents illétrés sont sur un pied d’égalité avec des CSP+ pour accompagner leurs gosses dans les apprentissages scolaires ou autres d’ailleurs?

Par ailleurs l’exemple individuel (qui par ailleurs vient contredire toutes les études à ce sujet) c’est le niveau zéro de l’argumentation
« je connais quelqu’un qui a fumé toute sa vie, il a 85 ans aujourd’hui et pas de cancer. Ca prouve bien que le tabac c’est sans danger pour la santé »…

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Effectivement, après relecture, c’est un peu réducteur. En fait je pense qu’il faut le comprendre dans le sens « favorisé par l’environnement du gamin » : ce qui peut autant vouloir inclure :

  • Les enfants de profs comme bien expliqué par @trode
  • Les enfants de milieux aisés qui pourront, même s’ils cartonnent pas à l’école, se payer une bonne école privée, ou jouir du réseau des parents.
  • Ou ceux dont les parents ne sont pas spécialement riches, mais ont à cœur que leur progéniture s’élèvent sur le plan social, si possible au-dessus de leur condition à eux. On y trouve ainsi quelques enfants d’ouvrier qui sauront tirer leur épingle du jeu.
  • et je dois en oublier…

Pour ma part, fils de 2 fonctionnaires, j’ai fais des études d’ingénieur pour faire plaisir à mon paternel, qui lui avait été privé de faire des études, mais s’en ait quand même sorti. Le paradoxe étant qu’aujourd’hui j’ai une position sociale supérieure à la sienne, mais que j’aurais jamais son confort de vie :

  • que ce soit en terme de pouvoir d’achat (vu qu’ils ont bénéficiés à fond de la hausse de l’immobilier),
  • de temps libre,
  • et de la longévité passée à travailler (mon père ayant pris sa retraite à 55 ans).

Et surtout, pour revenir au sujet, je constate combien les devoirs à la maison ont pu formater mon esprit et ma capacité à faire du boulot à la maison, au point par moment d’avoir du mal à séparer le taf de ma vie privée…
:man_shrugging:

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Voilà. Il y a plein de contre exemple, mais le système éducatif français est un écumoire à classes aisée, se baser sur une paire d’expérience personnelles change rien au constat. Et le devoirs (pour recentrer un peu sur le sujet) sont totalement dans cette logique.

Quelles chances de réussir une scolarité dans des cas aussi divers que :

  • les gamins qui n’ont pas le droit de parler français à la maison
  • les familles nombreuses où les plus grands aident aux tâches ménagères
  • les maisons ne contenant aucun livre
  • les environnement bruyants, petits, obscurs, mal chauffés, etc …

contre les parents qui payent des cours particuliers à leurs enfants, les aides pour les devoirs, disposent de toutes les ressources pour l’épanouissement (genre des crayons et des feutres …), etc …

Les devoirs s’inscrivent dans ces inégalités.

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Non. Milieu social favorisé permet d’intégrer de grandes écoles peut-être mais çà s’arrête là. Un « bon élève » allie instruction + intelligence. J’ai connu des personnes très instruites et très bêtes et vice-versa. J’ai un collègue issu du même monde ouvrier que moi, qui a intégré l’école de commerce de Lyon (3ème meilleure école de France) avec à 20ans 2 crédits de 20000€ sur le dos et qui s’est donné les moyens de réussir. Le milieu dont on est issu favorise l’envie de s’extirper de la condition sociale dans laquelle on a vécu étant gamin. Juste une question d’éducation de la part des parents.

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On est encore dans l’exemple personnel, ce qui apporte pas grand chose désolé. Quand on regarde les chiffres, le coup du fils d’ouvrier qui s’extrait de la condition sociale c’est vraiment minoritaire …

C’est un long et riche sujet, parce que si on commence à parler d’évaluation on en a pour les plombes (genre le fait que la majorité des évaluations se pose sur des problèmes jamais formulés en classe et donc demandent une compréhension de règles implicites jamais formulées en cours, accessibles que pour élèves ayant un bagage éducatif supérieur aux autres).

Et après on passe aux classes de latin, aux cours d’allemand et autres techniques utilisées pour séparer les élèves aisés des classes populaires …

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[/troll on]
A merde, j’ai fait latin allemand… du coup j’étais une anomalie ?
[/troll off]

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Tu argumentes tout le temps par l’exemple. Pourtant tu étais un bon élève d’après tes dires, au collège on apprend qu’un exemple n’est pas un argument, que l’un démontre et que l’autre se contente d’illustrer…

Tu ne seras peut-être pas contre un peu de lecture ?

Les Grandes Ecoles, celles qui sont « réservées » aux biens nés, sont celles qui coûtent le plus d’argent à la collectivité, c’est toute l’abérration de notre système éducatif.

Bref, tu prônes les vertues du « mérite », cf ton collègue qui s’est décarcassé avec ses 2 crédits sur le dos. Tant mieux pour lui, et félicitations pour son succès. Dans le même temps, à côté de lui, tu avais des enfants bien nés, qui eux n’avaient pas besoin ni de crédit, ni de travailler à côté de leurs études. Et ils etaient beaucoup plus nombreux que des gens qui à l’image de ton ami ont réussi à se hisser malgré leur condition sociale initiale. C’est pas moi qui le dit.

Donc résumer cela à un « juste une questin d’éducation de la part des parents » c’est à la fois faux, injuste, et suffisant (pour ne pas dire méprisant).

Cher enfant d’ouvrier, n’oublie donc pas d’où tu viens.

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suffit de regarder les etudes PISA et autres pour voir que la France, malgré son principe d’égalité, est la championne des inégalités scolaires. Nous sommes le pays où l’origine sociale est la plus déterminante dans le parcours scolaire, celle où il y a le plus grand ecart entre les resultats des eleves, celle où la représentation des eleves issus de milieux défavorisés dans les filieres d’excellence est la plus basse (avec un leger pic il y a quelques années mais on a vite corrigé le tir en les ramenant dans leur filière attitrées).

Cela n’empeche pas des stratégies individuelles mises en place par des parents issus des CSP- : choix de mettre le paquet sur un enfant, limiter les contacts avec les enfants du quartier, suivre la scolarité, limiter la descendance, choix de l’établissement… mais cela suppose déjà une connaissance du fonctionnement scolaire et de ses conditionnements tres puissants, ce qui est assez restreint. L’investissement dans les devoirs en est une des manières de faire, encore faut-il:

1/ que le parents en ait le temps
2/ que le parent ait le niveau de diplôme suffisant pour le faire
3/ que le parent ait les aides nécessaires pour y parvenir

L’EN est tres opaque sur son fonctionnement laissant les familles mal informées sur la réalité de ses mécanismes : d’où la bonne reussite d’ailleurs des enfants de profs qui profitent au-delà d’un capital culturel, des connaissances nécessaires du fonctionnement interne.

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Pour les amoureux d’exemple, même si ça ne fait pas preuve de quoi que ce soit.
J’ai un bac+5, dans ma dernière année de Master, j’étais le seul fils d’ouvrier de ma promo. Tous les autres étaient issu de famille CSP+. Alors ok peut être que dans d’autres promos ce n’était pas le cas, mais c’est pour simplement dire que des exemples on en a tous et pour tout affirmer ou infirmer.
Les chiffres eux par contre parlent, et l’expérience aussi, après quelques années d’enseignement, on voit très rapidement que le suivi scolaire est bien plus présent dans les familles avec un bon niveau social, et qu’à l’inverse, les enfants issu des milieux les plus défavorisés pâtissent du peu de suivi à la maison, et tout cela se ressent dans les résultats. Alors bien sûr que je peux donner pleins de contre exemple à cette généralité, mais ils n’effaceront pas pour autant la tendance générale.

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