Y a rien a capter sur ce truc
Je vois que le nom État-Monde n’est pas passé inaperçu. Au moins, il a été entendu – ce qui est déjà une petite victoire. Oui, vos attentes n’ont pas été comblées, je le reconnais. Mais ce jeu n’était pas censé être un produit fini : c’était un jalon. Et dix ans plus tard, il continue d’évoluer.
Soyons honnêtes : les réactions ici sont souvent plus promptes à éreinter l’auteur qu’à décortiquer le projet. Ça fait partie du folklore Cwowd, et je le prends avec le sourire. Mais je ne vais pas non plus faire semblant : les coups de griffe faciles ne remplaceront jamais une analyse de fond.
Mon objectif en venant ici ? Pas d’imposer une vision, ni de dicter une morale. Il n’y a aucun diktat dans ma proposition. Simplement le désir de partager un rêve : celui d’oser bâtir un jeu sur des valeurs universelles – dignité, confort, reconnaissance, divertissement – que beaucoup préfèrent balayer d’un revers de main parce qu’elles dérangent. Dérangent parce qu’elles semblent trop naïves. Ou parce qu’elles ouvrent un débat qu’il est plus facile de tourner en dérision.
Alors oui, je sais qu’il est plus confortable de se retrancher derrière des avis catégoriques. Plus facile de suivre le troupeau que de reconnaître qu’un projet, même maladroit dans sa présentation, tente d’ouvrir une brèche. Mais ce n’est pas une raison de tuer une passion à coups de sarcasmes.
Le projet poursuit son chemin.
Le principe des expositions (internationales ou locales) est notamment de faire se renontrer auteurs, éditeurs et distributeurs. La masse de jeux qui y est exposée ne trouve pas toujours son éditeur ou le chemin des boutiques. (Je devrais sans doute dire rarement). Beaucoup de jeux sont donc abandonnés parce qu’ils ne conviennent pas, ne savent pas convaincre…
Ce jeu n’a eu d’écho que dans un seul journal (plutôt local). Insuffisant pour parler de louanges. J’en sais quelque chose pour avoir publié un livre qui n’a pas renontré son public alors que j’avais attiré l’attention des DNA. Je ne me suis pas dit que j’étais un génie incompris.
Vous parlez de pistes qui méritent d’être exploitées sans retenir celle concernant l’attitude de l’auteur, ou celle concernant la qualité ludique du jeu en question et de ses mécaniques plutôt datées.
Enfin, l’impact d’un jeu ne se décrète pas. Il se constate. Or, comme votre jeu n’existe pas au-delà de vos idées ou de votre prototype, il n’a pas pu avoir d’impact.
En résumé : vous avez proposé un jeu qui n’a rencontré ni de distributeur, ni son public et vous avez engagé des frais pour le faire connaître (participer au festival des jeux de Cannes n’est sans doute pas gratuit.). Et vous en êtes déçu, voire piqué dans votre amour propre. C’est légitime (moi-même, j’ai été déçu de l’échec de mon livre). Relativisez : de nombreuses autres propositions sont, comme la vôtre, restées de côté, ont disparu des radars, en dépit des rêves et des ambitions de leurs auteurs qui, tous, pensaient proposer une perle ou un jeu révolutionnaire. Vous devez comprendre que votre influence sur le succès critique d’un jeu dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels, entre autres, les attentes du public (que votre proposition n’a pas intéressé), l’évaluation du risque par un distributeur (va-t-il pouvoir écouler les jeux qu’il commande ?), l’attitude de l’auteur en public (là, je parle des réseaux sociaux et des forums)…
Merci pour votre retour. Vous avez raison : l’impact d’un jeu ne se décrète pas. État-Monde n’a pas trouvé son public ni son distributeur, c’est un fait. Mais ces dix années ne furent pas perdues : elles m’ont permis de repenser ma démarche.
Ce n’est pas une question d’ego ou de reconnaissance en tant qu’auteur. Le vrai enjeu, c’était la finalité du concept. Présenté trop frontalement, il aurait pu susciter la polémique – or, paradoxalement, elle n’a pas eu lieu.
Aujourd’hui, je me concentre sur une recherche plus large : comment mettre en jeu des valeurs universelles – la dignité, le confort, la reconnaissance et le divertissement. État-Monde reste une archive, un jalon, et d’autres propositions naîtront de cette maturation.