Twilight Struggle : C’est l’histoire d’un homme qui tombe
Hier, @Ajira passe à la maison pour essayer Twilight Struggle (et m’offrir très gentiment une box 10 ans de Trickerion ! - merci merci !!
). Fort de ma propre récente découverte du jeu, je lui présente les choses rapidement, d’autant plus qu’il a par ailleurs travaillé son sujet en amont pour appréhender les règles, donc tout se met en place assez facilement.
Je joue les USA. Au premier tour, je me dis que commencer par un petit décompte au Moyen-Orient lui permettra de voir comment ça se passe par ici. Evidemment, mal m’en prend, puisque je ne fais pas gaffe à sa position en Irak, de sorte qu’au lieu de prendre quelques points, je fais chou blanc.
What the fuck ???
Bon : jusqu’ici, tout va bien.
Le souci, c’est qu’il m’enchaine avec un décompte en Europe où je n’ai pas, contrairement à lui, de domination, ce qui fait qu’il remporte 7 PV en deux minutes. Je serre les dents, lui signale qu’à mon sens, normalement si on accepte de jouer à un jeu c’est plutôt pour s’amuser que pour agresser ses voisins et que je ne saisis pas son attitude belliqueuse. Il rigole et la partie continue. Mais jusqu’ici, tout va bien.
Comme il découvre les cartes, je m’agite et essaie de le presser pour qu’il fasse des bêtises, mais l’animal est retors et s’en sort très correctement, conservant son avantage et bénéficiant d’effets de cartes favorables pour bien s’implanter en Europe de l’est. On s’en fout, on a déjà fait le décompte : jusqu’ici, tout va bien.
Heureusement, une belle capture de scientifiques Nazis me permet d’envisager une course à l’espace qui m’offre l’opportunité de remporter quelques points de façon à réduire l’écart, surtout qu’il faut agir car, de son côté, il organise -évidemment à son avantage- les Jeux Olympiques. Jusqu’ici, tout va bien.
Deuxième manche : je remarque qu’il semble rétif à faire des réalignements et paraît tout particulièrement frileux en ce qui concerne les coups d’Etat. Qu’à cela ne tienne ! je vais jouer sur le niveau de Defcon et ma position sur l’échelle des opérations militaires pour remporter quelques points supplémentaires en fin de manche qui vont à nouveau réduire l’écart. De son côté, il me fait sauter quelques postions en Europe, mais on s’en fiche, je vous dis : le décompte est déjà fait. On verra plus tard. Tout va très bien.
Troisième manche : ma stratégie semble payante, de course à l’espace en cartes à effet plus favorables, je grappille encore quelques PV et finis par faire passer le curseur de mon côté. Ha ha..! eh oui, l’ami ! Tu fais le malin depuis le début mais tu t’enlises en Europe, et moi je calcule, j’anticipe : je me positionne en Asie, reprends un maximum d’espace au Moyen Orient et t’arrache des points : Je vais entamer une guerre d’usure qui va ruiner ton sang froid comme ta bonne humeur arrogante et m’apportera sans doute une victoire éclatante. En plus, de ton côté, tu ne fais qu’amorcer ton avancée en Europe de l’ouest. Rira bien qui rira le dernier, garçon. Tout va très bien, madame la marquise.
Quatrième manche : on remélange les cartes et j’ai une sale main. Pas grave : la partie sera longue ; il faut juste que je ne me disperse pas. Les soviétiques sont toujours au sol tandis que de mon côté, je compense une petite perte de temps à la guéguerre des étoiles accusée aux manches précédentes en continuant à progresser dans le vide interstellaire. Tout va bien… Aie confiaaaance…
Quand je m’aperçois soudain qu’@Ajira commence tout de même à me les chauffer en Europe, où il prend la domination de la France, qui était pourtant mienne. Fichu jet de dés et, surtout, fichue stratégie bolchévique de réalignement : eh oui ! les rouges s’y mettent enfin, mais cette fois-ci avec un net avantage du fait du nombre de pays adjacents qu’ils contrôlent (oui parce que je ne vous l’avais pas dit, mais depuis qu’il se promène en Europe, @Ajira a également placé la RFA sous sa domination).
Merde… En fait il est en position de remporter la partie grâce au contrôle du vieux continent ! Pourvu que la carte de décompte idoine ne revienne pas trop vite ! Il va falloir que j’abandonne mes projets impérialistes en Asie pour revenir à la maison. Ce qui ne sera pas facile, parce qu’on ne peut pas y faire de coups d’Etat avec un niveau de Defcon à 4 ou moins, et que j’ai des cartes assez poisseuses qui pourront lui donner des effets plutôt dévastateurs en Afrique où je lui offre déjà deux dominations pour rien.
C’est l’histoire d’un homme qui chute.
En réalité, le gars du Kremlin place rapidement sur la table une carte de décompte en Europe. Mais… qu’est-ce qu’elle fout là, elle ? Pourquoi est-elle revenue si vite ???
Je perds salement la partie au milieu de la quatrième manche.
Je me suis fait avoir comme le bleu que je suis. J’aurais dû m’en souvenir : ce n’est pas la chute qui compte, c’est l’atterrissage.
Pas grave : beau joueur, je feins de le féliciter et lui propose, comme il nous reste un peu de temps, une petite partie de découverte d’un second jeu autrement subtil : Got Five! Hi hi ! Avec mes plus de vingts parties, je devrais pouvoir avoir ma revanche.
…
Après… je lui ai peut-être trop bien expliqué les règles : je perds également cette occasion de me refaire une réputation.
A la bonne heure : la semaine prochaine on jouera en coop. Si je perds, tu chuteras avec moi. Comme disait un sage antique : « On vit ensemble, on meurt ensemble ».







