Hier j'ai joué à un jeu crowdfundé

Hier soir j’ai joué à TYCOON : INDIA 1981 (3 joueurs)

Et c’était BIEN ! :slightly_smiling_face:

Il est vrai que je l’attendais au tournant celui-là, après que sa map « brassienne » (d’abord) et ses règles impeccables (ensuite) m’aient envouté à sa sortie (confidentielle :cry:) sur KS. Aussitôt arrivé, aussitôt testé.

Tycoon : India 1981 est un bon vieux jeu économique comme on fait plus, farci de toutes ces choses que nous autres capitalistes pro-business de droite on aime : des actions, de la thune, des entreprises, des réseaux, de la thune et … encore de la thune. De l’influence et de la politique aussi, car ces choses-là vont souvent ensemble.


Tycoon : India 1981 dans toute sa splendeur, prêt à jouer.

Un petit rappel de la structure du jeu, pour les millions de visiteurs de Cwowd qui n’ont pas la moindre idée de ce dont je parle :

Alors comment ça s’est passé ? Procédons par étape.

Déjà, le produit livré est impeccable. Le jeu est beau, ses tableaux colorés sur fond noir - très classes - sont de nature à émouvoir tout BTS compta normalement constitué. Mon seul reproche irait au box organizer, inutilement compliqué, qui gêne le rangement plus qu’autre chose.

Les règles sont très bien rédigées et illustrées, elles permettent d’intégrer facilement le flow du jeu et ses quelques particularités. Attention toutefois, certaines règles pointues mais essentielles sont bien cachées, comme le fait qu’un seul joueur peut arriver sur le 7ème et dernier emplacement des pistes d’industrie, information qui n’est pas non plus rappelée sur le plateau (alors que beaucoup de choses le sont). Il faut être vigilant. Mais globalement, on capte très vite le fonctionnement du jeu, et après un ou deux tours plus personne n’utilisait les aides, par ailleurs très bien faites.


Dès le début de la partie, mon orientation stratégique est claire : construire des autoroutes pour aller à la plage, et développer des filatures de jute pour faire des sacs de plage écolo-branchés. Ce sera un échec cuisant.

Le jeu tourne autour de deux mécaniques. Une mécanique d’enchères d’abord, pour chopper des cartes Policy dans un premier temps (en dépensant des « agents ») et des cartes Industry dans un second (en dépensant de l’argent). Bon les enchères vous connaissez, c’est le top de l’interaction, juste en dessous de la guerre totale quand même. Ca calcule, ça bluffe, ça anticipe, et ça finit toujours par quelques belles surprises. Notez juste que les places sont chères.

Les cartes Policy - des cartes qui donnent des bonus passifs ou end-game, de précieux points de faveur pour le décompte final, etc. - vous n’aurez en tout et pour tout que 8 (!) occasions d’en chopper. 5 lors des phases d’évènement (à raison d’une carte mise aux enchères par phase), 3 via des actions sur le plateau. Qui s’ajouteront - ou pas, selon ce que vous déciderez - à celle que l’on vous donne gracieusement en début de partie. Autant dire qu’à 4 joueurs, ça va jouer des coudes. Les cartes Industry c’est à peine mieux : les enchères ne pourront faire que 2 heureux au maximum à chaque tour. Les autres pourront toujours se consoler via l’action stratégique d’achat d’industrie … mais en dépensant une action justement, et en payant la carte Industry le double de sa valeur.

La deuxième mécanique est une mécanique de sélection d’action, parmi les 6 que compte le jeu. Les joueurs disposent de 2 actions à chaque tour - 3 pour ce salaud de Tycoon - et ne peuvent pas jouer deux fois la même. Et c’est peu, honnêtement. On s’en rend très vite compte. Les choix sont tendus, et on a vite fait de regarder avec envie l’action supplémentaire du Tycoon, ce statut si particulier qui donne toute sa saveur au jeu. Et son nom aussi.


En Inde, la production de lait est une industrie complexe, de rang II, au même titre que le spatial ou la défense. Rapport au fait que les vaches sont sacrées, vous voyez ?

Le titre de Tycoon revient au joueur qui a remporté l’enchère de carte Industry. C’est un rôle crucial, car il donne à son détenteur des capacités très intéressantes. Une 3ème action déjà, ça c’est juste énorme. Lors de la 1ère phase du jeu, c’est lui qui décide quelle région du plateau est activée, et donc, qui va chopper des bonus, et de quelle nature. Il récupère l’enchère gagnante des cartes Policy (payée en agents, vous suivez ?), sauf si c’est lui qui la gagne. MAIS il a le désavantage de jouer en premier lors des enchères (ouvertes, à 2 tours) de cartes Industry.

Croyez-en mon expérience, vous ne voulez pas qu’un joueur reste trop longtemps le Tycoon. A 3 joueurs, quand on fait de la merde et/ou qu’on explore des voies stratégiques alternatives comprendre : douteuses, qu’on ne gagne pas assez de fric au final, ça devient très difficile si ce n’est impossible de freiner l’ascension du gars qui a fait les bons choix et qui se gave de pognon de tour en tour. Dans ma partie, le joueur en question jouait à fond les emprunts, et son approche est très rapidement devenue win-to-win. Plus j’ai de fric, plus j’ai de moyens de remporter les enchères. Plus je remporte les enchères, plus longtemps je reste tycoon, et plus j’ai d’actions au final pour assoir ma domination.

Mais on jouait à 3 joueurs. Tycoon : India 1981 est fait, pensé, pour être joué à 4. Tenez-vous le pour dit. Il y a bien une variante pour 2 joueurs, voire pour jouer en solo (lol), mais j’ai même pas regardé. Si c’est votre configuration habituelle, ne perdez pas votre temps ici, allez trouver mieux ailleurs dans la vaste production ludique.


L’Inde comme vous ne l’avez jamais vue : à l’envers. Voilà c’est tout, cette illustration n’a pas d’autre intérêt.

Tycoon : India 1981 nous a laissé une super impression. C’est un jeu intelligent, bien pensé, et très épuré. Il est truffé de subtiles interactions, et d’éléments de gameplay élégamment liés entre eux, qui vont nécessiter quelques parties pour être explorés. Les actions par exemple. Vous pouvez acheter les actions des entreprises de vos adversaires. Ce faisant, vous leur donnez de la thune directement ( :scream:) MAIS vous leur prenez un jeton, jeton qu’ils ne pourront plus utiliser pour activer certains emplacements d’action stratégique. Vous les contraignez aussi à vous verser des dividendes MAIS comment décider sur quel cheval miser en début de partie ? Car c’est en début de partie, quand les actions sont peu chères, qu’il faut investir.

MAIS en début de partie vous voudrez surtout acheter des cartes Industry, pour placer des usines sur la map, chopper des bonus et monter les pistes. MAIS si vous n’y arrivez pas, alors les actions sont un excellent moyen d’augmenter votre asset value (un des deux critères de victoire) à peu de frais. Car une action de la meilleure industrie pèse autant en asset value qu’une industrie moyenne. Un abyme de réflexion.

Vous connaissez l’adage. Quand, une fois la partie terminée, vous débattez longuement pour savoir si la stratégie full-loan est OP, à quoi servent les cartes Policy, est-ce que les actions c’est si bien que ça, etc. etc. c’est plutôt bon signe. Pour ma part, j’ai vraiment envie d’y rejouer, et à 4. Pour que ce soit âpre, difficile. Pour que ça tourne au combat à l’arme blanche dans un container de 20 pieds.

D’ici là, je ne cesserai de dire tout le bien que je pense de Tycoon : India 1981, l’euro venu de loin, qui frappe un grand coup dans le landerneau écono-ludique. J’espère que les mois à venir jetteront sur ce bijou de Sidhant Chand toute la lumière qu’il mérite.

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