Financé sur Kickstarter, j’avais fait l’impasse sur ce Jisogi Anime Studio Tycoon. Développé par le studio Esper Game Studio (1 jeu à leur actif avant celui-ci), le thème de l’animation japonaise semblait parfait pour un jeu de gestion…alors après avoir appris que le jeu avait été livré dans les temps et un achat sur une certaine boutique orange, je le clame ici : Jisogi est une excellente surprise. Alors GANBARE, on va créer des dessins animés !
(les captures proviennent de Kickstarter, d’Esper Game et de No Time No Game)
Anime was a mistake
Notre histoire débute au Japon où un gros studio d’animation a fait faillite laissant des centaines d’employés sur le carreau et vous, jeunes cadres dynamiques, avez décidé de former des studios et de récupérer tout ce beau monde pour créer les meilleurs animes possibles ! À l’issue des 4 manches, celui qui a gagné le plus de points de réputation remporte la partie, en cas d’égalité, le joueur avec le plus d’argent est déclaré vainqueur.
Chaque joueur commence par récupérer un plateau de jeu et les 4 mêmes personnages fantômes (des employés virés) comprenant un scénariste, un producteur, un réalisateur et un artiste sur lequel il placera 4 de ses 6 jetons à l’effigie de son studio et gardera les 2 autres proches de lui. Après avoir désigné le premier joueur, chaque joueur recevra 3, 4,5 ou 6 pièces dans l’ordre du tour qui vous permettra essentiellement de payer des actions pour le jeu. Par défaut, vous commencez avec une carte dette dès le début de la partie (il est possible de la retirer pour jouer en mode facile).
Pour ce qui est du reste, il faudra placer 3 cartes Tendances sur leur emplacement dédié, placer le plateau d’actions au centre de la table, disposer 4 cartes personnages Genki, révéler 2 tuiles scénario (lieu, sujet et twist) mélanger les cartes Réseautage et placer 3 cartes Opportunités sur leur piste. Enfin, il faudra laisser à disposition les nombreux jetons (yen, artistes, tendance etgoodies) qui seront utiles lors de la partie.
La réalisation n’amène que de la souffrance
Commençons par le point le plus important : l’argent. Dès qu’un joueur n’a pas assez ou ne peut pas payer quelque chose, il prend immédiatement une carte dette qui le remet à flot mais le pénalisera en fin de la partie.
Pour marquer des points, les joueurs doivent produire des animes. Chacun va choisir “secrètement” l’une des 3 tendances mises à disposition qui lui permettra d’augmenter sa réputation. Je dis secrètement car vous dévoilerez petit à petit la tendance que vous avez choisie lors de la phase de production. Évidemment, les autres joueurs peuvent choisir la même tendance que vous et cela entrainera une course à celui qui la réussira en premier.
Chaque carte Tendance possède 3 logos (unique, double, triple) répartis en 5 catégories (science fiction, horreur, tranche de vie, fantaisie et action) qui vous indiquera ce qui est attendu. Par exemple, le Space Opera demandera 1 Fantaisie, 1 Science fiction et un horreur, le Period Drama, 2 Tranches de vie et 1 Fantasie tandis que le Paranormal demandera 3 Horreurs.
Pour récupérer ces logos, il faudra aller les chercher via les tuiles de scénarios mise à disposition de tous les joueurs. L’ordre importe peu, l’important est juste d’avoir les logos correspondant.
Une fois ces tuiles récupérées, vous les placerez à votre gauche qui correspond à votre réserve (max 5) et vous pourrez les placer à n’importe quel moment dans l’emplacement dédié de votre plateau mais attention, une fois qu’une tuile a été placée, il est interdit de l’enlever. Cela aiguillera les autres joueurs sur la tendance que vous avez choisie.
Comment qu’on joue ?
Jisogi se divise en 3 phases : la production, la diffusion et la redevance.
Phase de Production
La phase la plus longue du jeu où vous ferez beaucoup d’actions pour essayer de créer le meilleur anime possible. En commençant par le premier joueur, celui-ci sélectionne l’un de ses personnages et place son jeton sur l’emplacement dédié du plateau d’action puis effectue l’action indiquée. À noter que les personnages peuvent uniquement aller sur un emplacement de la même couleur que leur carte. Par exemple, le scénariste (bleu) ne peut aller que sur les actions bleues “Recherche” et “Écriture”. Le réalisateur (violet) est un joker pouvant aller n’importe où. En bonus, si vous avez envoyé un personnage Genki vous ferez l’action bonus rouge.
Les autres joueurs peuvent effectuer la même action que vous mais devront payer 1 ou 2 Yens supplémentaires.
Les actions disponibles sont :
- Recherche : révélez 3 tuiles scénario d’un ou plusieurs tas et prenez en une
- Ecriture : révélez 1 tuile scénario et prenez en deux
- Recrutement : -2 Yens, prenez une carte personnage Genki du marché et ajoutez le à votre équipe (il sera disponible à la prochaine manche avec l’un des jetons mis de côté) ou transformez un membre fantôme en Genki disponible immédiatement si vous ne l’avez pas encore joué. Les membres Genki possèdent des bonus ou des effets passifs pour vous aider à marquer plus de points
- Réseautage : piochez 2 cartes Réseaux. Lors de vos prochains tours, après avoir fait l’action correspondante, vous pourrez jouer une carte qui vous octroie un bonus souvent très avantageux
- Animation : placez 1 jeton artiste sur votre plateau. Attention, vous ne pourrez faire cette action qu’après avoir placé 1 tuile sur votre plateau pour récupérer 1 artiste, 2 tuiles pour en placer un second puis 3 tuiles pour en avoir autant que vous voulez (max 6).
- Sous-traitance : gagnez 4 Yens
- Stratégie : -2 Yens, seule action où vous pouvez placer n’importe quel personnage dessus. Vous choisirez ensuite une des 4 actions spéciales indiquées puis placerez un jeton cadenas dessus. Les autres joueurs ne pourront plus effectuer l’action que vous avez choisie jusqu’à la fin de la manche.
Une fois que tous les joueurs auront placé leur jetons (ou non), il est l’heure d’allumer la télé pour voir la réception du public.
Diffusion
Pour diffuser un anime, vous devez forcément avoir vos 3 emplacements de tuiles occupées ainsi qu’un artiste au minimum. Dans l’ordre du tour, chaque joueur peut activer un pion goodies puis annonce la Tendance qu’il a choisi et compare le nombre de logos correspondant à son anime qu’il va multiplier par le nombre d’artistes qu’il a embauché : plus en il a, mieux c’est. Si les 3 logos correspondent, le joueur prend les 4 points bonus sur la carte Tendance pour avoir été le premier à diffuser ce que le public souhaitait. Il obtiendra également des bonus via ses personnages Genki ce qui lui donnera son score total de popularité correspondant à des points de réputations et de l’argent.
Enfin, vous pourrez placer l’un de vos jetons du plateau d’Action sur l’une des cartes Opportunité si vous avez rempli les prérequis pour gagner des points de réputations supplémentaires.
Dans le cas où votre anime n’a qu’un ou deux logos correspondant, vous marquerez moins de points.
Il y a également le cas où aucunes de vos tuiles ne correspondent à aucun logos des tendances : dans ce cas, vous avez créé une œuvre culte et vous multipliez votre score par 3.
Redevance
C’est là où les choses se corsent : pour commencer, chaque joueur obtient l’argent et les points de réputations de ses goodies puis choisit de payer ses dettes. S’il ne le fait pas, les intérêts augmentent. Il doit ensuite obligatoirement payer ses employés et c’est là que les choses se corsent : un employé fantôme ne coûte qu’un Yen tandis qu’un Genki en coûte 2. Un fois cela fait, une nouvelle tendance est piochée et la dernière défaussée, de même que les 4 membres Genki, les artistes retournent dans la réserve, de nouvelles cartes Opportunités sont ajoutées à la piste et vous placerez l’anime que vous avez produit à votre droite.
Une nouvelle manche commence et à l’issue de la 4eme, chaque joueur compte ses points de réputations…moins les points de dettes accumulés.
Pourquoi c’est bien ?
Ayant officié quelque temps dans l’animation française, le thème me parle naturellement et permet d’initier des néophytes à cette industrie méconnue. Second point, ce sont les illustrations de Gou Eisuke, Teien Senkawa et de Thomas Romain (français installé au Japon depuis 20 ans maintenant) en tant que dessinateurs principaux qui donnent un véritable charme au jeu. L’ensemble du matos est de qualité avec des jetons en bois et des plateaux joliement décorés. D’ailleurs, n’hésitez pas à mettre les jetons sous plastique car les illustrations s’enlevaient progressivement dans mon cas. Troisième point, le gameplay : ni trop simple, ni trop difficile à expliquer, il faudra une manche pour roder les joueurs et dès la seconde, cela commence à rouler naturellement.
Le moment le plus sympa est lorsque chaque joueur doit pitcher l’anime qu’il a produit : Un yakuza qui cherche à participer à un tournoi pour venger les siens mais a un hobby secret, Elon Musk qui voyage dans le temps mais se transforme la nuit, un triangle amoureux dans un restaurant guidé par une IA avec son propre objectif…pour quiconque a déjà regardé un anime, ces pitchs sont totalement cohérents (matez Fuli Culi ou Mindgame si vous ne me croyez pas).
Le jeu est tactique sans être trop complexe à expliquer : placer ses pions ou non, gagner des membres genkis, piquer des tuiles aux adversaires ou doubler tout le monde en dépensant nos jetons notoriété pour gagner énormément de réputation d’un coup.
Quant à la fin de partie, elle est souvent hilarante quand on constate qui s’est endetté le plus pour parfois pas grand chose ou simplement parce que le joueur a été trop gourmand en voulant prendre tout le monde de vitesse.
Mes parties se sont toutes faites à 3 joueurs et le jeu tourne très bien dans cette configuration. À 2, vous serez moins en concurrence avec plus de places pour placer vos pions. À 4, la bataille pour les points semble beaucoup plus féroce (à l’occasion, je posterais un avis sur le forum dédié si j’ai l’occasion de le tester ainsi).
Deux bémols à noter, le jeu est uniquement disponible en anglais ou japonais. J’y ai joué avec des anglophones et francophones sans que cela soit trop gênant, la plupart des cartes se résumant à “Si vous avez ceci, gagnez cela” ou “Après cette action, effectuez cela”. La seule difficulté sera du côté des cartes opportunités où il faut avoir un peu emmagasiner les termes du jeu pour comprendre comment gagner leur bonus. Le reste du jeu se résume essentiellement à des logos.
Le second est que les joueurs ne doivent surtout pas bouger leur pions de leur cartes et se rappeler de qui ils ont joué ! J’ai eu le cas plusieurs fois de joueurs étourdis qui s’étaient trompés et cela faussait l’action des suivants. Mieux vaut ne rien bouger et le traiter de “Baka”, ça lui apprendra !
Mini-bémol, une fois sleevé il manque un peu de place pour ranger les jetons.
Un mode solo existe également avec des défis (facile à difficile) à relever avec un automa (3 parties à mon actif). Sympathique sans être anecdotique, je ne saurais trop vous conseiller de faire le premier qui fait office de tuto avant de lancer une partie multijoueur.
Ending
Petite pépite sortie de nul part, Jisogi est ma bonne surprise de cette fin d’année et un jeu que je conserverai chaudement dans ma ludothèque. Si vous souhaitez vous le procurez, une campagne de réimpression avec une petite extension devrait voir le jour en début d’année prochaine sur Kickstarter. En bonus, je vous recommande de visionner la chaîne youtube “Anime Was A Mistake” (aujourd’hui abandonnée) de 3 français (Mehdi Aouichaoui, Ken Arto et Yann Le Gall) où ils partageaient leur expérience dans l’animation japonaise . Sur ce, またね !











