Waouh, énorme sujet !
Il y aurait vraiment beaucoup beaucoup de choses à dire.
Je suis IPA en psychiatrie à l'hôpital public, en cette année 2026, "année de la santé mentale" (après une année 2025, dédiée elle aussi à la santé mentale, et qui nous fait encore rire au quotidien
).
En vrac :
Dans l'institution publique, pas d'échec individuel, mais à mon sens un échec de l'institution (du moins, de son organisation, fonctionnement, bon comme mauvais, etc. Des gestionnaires et des dirigeants pour la plupart déconnectés de la réalité, qui traitent des tableaux Excel et des données fournies par le DIM, sans lien avec la pratique concrète face à un patient.
Ils sont formés à la rentabilité immédiate, une absurdité déjà énoncée ici. On oublie quand même trop souvent de rappeler que le soin amène une forme de rentabilité à la société : une personne bien soignée, en bonne santé, c'est une personne qui peut travailler et/ou consommer. Je ne parle même pas des missions de prévention qui sont absolument abandonnées des politiques publiques, ou alors complètement à la marge. Pourtant, garder des gens en bonne santé, c'est une économie sur les soins, on oublie trop souvent de le rappeler. Je n'appelle pas "faire de la prévention" diffuser quelques spots télé sur l'insuffisance cardiaque, le risque de déshydratation, etc.
En d'autres termes, quand l'institution est maltraitante envers les usagers, mais aussi envers les acteurs qui l'incarnent, la faute n'est pas celle des agents en question, ni des usagers. Quand l'institution arrive à faire croire à ses agents qu'ils ont une responsabilité dans ces dysfonctionnements, j'appelle cela un effet pervers du système, et c'est à dénoncer absolument. Pour ma part, je suis admiratif des gens qui trouvent le courage de partir du public et d'arrêter d'en souffrir. Je n'y vois pas un aveu d'échec, mais au contraire, la volonté de faire mieux et autrement. Et ça, c'est tout à l'honneur de chacun.
Sur le temps médical disponible, et les déserts médicaux, l'accès aux soins de bobologie, je ne suis pas objectif : par ma profession, je suis totalement favorable à un partage de certaines missions, ou à la délégation de certains actes aux paramédicaux. Je ne reviendrai pas ici sur le corporatisme médical "par posture/de principe" à la française (dans les instances médicales et politiques) qui me pose de vrais problèmes, alors que sur le terrain, des tas de médecins savent travailler avec leurs collègues paramedics sans aucun soucis, sans conflit d'intérêt, et sans qu'il y ait des morts toutes les heures. Évidemment, je sais que c'est une position qui peut faire débat... En tout cas, la gradation et l'organisation des soins pour favoriser un accès pour tous, adapté à la situation, est une question qui n'est pas assez posée selon moi.
Un petit rappel ici parce que je l'ai lu plus tôt dans le topic : appeler le 15 avant d'aller aux urgences est fortement recommandé mais n'est pas obligatoire. Je suis curieux de savoir combien de personnes qui se présentent aux urgences ont fait le 15 avant...
Parce que j'ai la joie de faire des consultations et de la prescription médicale depuis 3 ans, dans les logiciels IA médicale, les compte-rendu de consultation sont absolument incroyables pour certains. Celui implémenté sur doctolib est juste bluffant. Je ne travaille pas avec au quotidien, mais j'ai eu l'occasion de l'essayer pendant mes stages et c'était assez épatant : qualité, gain de temps, temps disponible pour le contact avec le patient (duquel j'ai vraiment particulièrement besoin en psychiatrie, parce que j'y gagne des éléments cliniques majeurs qui vont permettre le raisonnement médical derrière).
Bref, je pourrais dire bien des choses encore, mais mon message principal ici sera un message de soutien et d'encouragement. Savoir se protéger, ce n'est pas abandonner, c'est faire montre de caractère et d'engagement pour améliorer les choses, et cela mérite à mon sens du respect une réflexion nécessaire. Plutôt que de pointer du doigt l'agent qui part, il faudrait demander à l'institution pourquoi l'agent part et pourquoi elle n'a pas su le garder.
Je sais aussi que signaler des dysfonctionnements, c'est très compliqué dans le public, que cela peut même se retourner parfois contre nous (quelques exemples observés), donc je te souhaite bon courage, bonne chance, et d'aller bien.