Je voulais vous faire partager mon avis, mon sentiment sur ce qu’il se passe sur ce fil de discussion.
Je n’interviens que rarement , voire pas du tout, sur ce type de sujet ( politique, religieux, sociétal ou autre ).
Pas par désintérêt au contraire, peut être parce que je me sens illégitime, pas assez informé ou trop timide pour exprimer mon opinion.
Peut être parce que trop souvent aussi je vois ces discussions partir en vrille, avec cette sensation de toute « puissance absolue » perçue derrière son clavier.
Longtemps j’ai été à vouloir aussi préserver des environnements loin de ces sujets de débats, de manière très égoïste il faut bien avouer.
@Cotillon l’a très bien résumé un peu plus haut : je ne voulais pas voir cet espace encombré par autre chose, aussi important que cette dernière puisse être.
Je voulais du temps pour moi , pour quelque chose que j’avais choisi … et rien d’autre.
Et puis , il y a eu ce post.
Il m’a remué, fait énormément réfléchir et surtout changé mon point de vue.
Le voici :
« Je comprends tout à fait [ le ] désir de sérénité. Qui ne souhaite pas, en venant parler d’un jeu, trouver un peu de calme, de plaisir simple, et éviter les tensions qui épuisent? [L’] envie de dire « parlons seulement du jeu » vient d’un sentiment très humain : celui de vouloir préserver un espace où l’on respire, où l’on ne se sent pas obligé de se battre à chaque message.
Permets-moi simplement de […] proposer une petite réflexion, sans aucune intention de […] faire la leçon.
Quand nous nous rassemblons, même autour d’un jeu, nous ne sommes pas de simples consommateurs isolés. Nous sommes des êtres différents, chacun avec son histoire, ses expériences, ses blessures parfois. Et quand on parle d’un jeu qui appartient à un univers comme celui de Harry Potter, on ne parle pas seulement de règles, de cartes ou de personnages imaginaires. On parle aussi du monde dans lequel ce jeu a été créé -un monde où J.K. Rowling prend la parole, où des femmes et des personnes trans se sentent visibles ou invisibles, où des luttes se croisent, parfois s’affrontent.
Ce monde-là, avec ses conflits et ses contradictions, nous suit partout, même dans nos loisirs. Vouloir le laisser « ailleurs », c’est comme essayer de ne pas sentir une odeur en fermant simplement les yeux : cela ne fait que décaler la question, pas la résoudre.
Peut-être que le vrai défi n’est pas de demander que les débats sociétaux disparaissent de ce forum ou des jeux, mais de se demander : comment pouvons-nous parler de ces sujets, même ici, sans que cela devienne une violence pour les uns ou les autres? Comment préserver cette sérénité à laquelle tu aspires légitimement, tout en reconnaissant que d’autres, dans cette même discussion, ressentent ces questions comme vitales, parfois même comme une question de dignité ?
Je ne demande pas aux gens de s’engager dans de grands débats philosophiques si ils n’en ont pas envie. J’invite simplement à s’interroger quelques instants : si tout le monde sépare strictement « le jeu » et « le monde », est-ce qu’on ne risque pas de transformer ce forum en un lieu où l’on ne serait plus que des acheteurs et des consommateurs, plutôt que des personnes capables de se rencontrer vraiment, avec nos désaccords et nos différences?
Peut-être que la sérénité que [l’on ] désires ne vient pas de l’absence de conflits, mais de la capacité à les vivre sans les nier, sans blesser, sans exclure. Et ce n’est pas facile, c’est peut-être même parfois inconfortable. Mais c’est aussi là, dans cet inconfort partagé, que naît quelque chose de plus vrai qu’une simple ambiance calme.
C’est un argument qui revient souvent, de séparer le politique du reste. J’ai cette conviction, très inspirée par des gens comme Hannah Arendt, que chaque fois qu’on sépare le politique du reste, qu’on dégage la discussion comme si elle était gênante (et elle l’est parfois en effet), on perd en réalité quelque chose; on s’affaiblit soi-même au profit de ceux que l’absence de dialogue favorise.
Dans une optique très arendtienne, je crois au contraire que la politique n’est pas un « supplément » qu’on ajoute ou retire selon l’ambiance. Elle naît dès que des personnes différentes se rencontrent et parlent ensemble. Le monde est ce qu’il est, avec ses contradictions, ses conflits, ses injustices.
La politique, dans cette optique, c’est précisément le lieu où nous essayons de vivre avec ces conflits ensemble. »
Je pense désormais que tout sujet à sa place. N’importe où.
Merci à toutes celles et ceux qui interviennent ici.
Merci de vouloir faire bouger les choses.
Merci de faire sortir mon cerveau de ce brouillard entretenu autour de nous et me faire réfléchir.
Et merci à l’auteur du message cité qui n’est autre que celui qui gère ce forum ….