On a fini Les Secrets de Warden Keene, de chez Bombyx, et c’était très sympa !
(image Bombyx)
C’est un jeu qui m’intriguait depuis son annonce : on nous vendu un (très joli) jeu d’enquête/énigme dans un cimetière, signé, notamment, de l’auteur Paolo Mori (Ethnos, Le Match du Siècle, Pandémie Chute de Rome, Toy Battle, Captain Flip…) avec Silvano Sorrentino en coauteur et Florian Belmonte à l’illustration (j’ai l’impression que c’est son premier jeu illustré : wow). J’aime pas spécialement les jeux de chez Bombyx tout en reconnaissant leur qualité, leur polish et le soin apporté à l’édition (j’aime beaucoup Sea Salt & Paper). Je ne les attendais pas sur un jeu d’enquête, et c’est une chouette proposition qu’ils font là. Mais elle ne conviendra pas à tout le monde.
Encore un jeu à usage unique (mais on s’en fout, non ?)
Évacuons déjà l’éléphant au milieu de la pièce : on nous annonce 11 enquêtes, mais en vérité il y a des choses qui se résolvent très vite et très facilement. On a mis trois heures à faire le jeu en entier. Je sais que ça fera chier certains de payer une grosse vingtaine d’euros pour « seulement » 3-4 h de jeu. Mais on est dans la lignée des Behind récents, d’Unlock, and co. Pour moi le prix est adapté, dans la norme de ce type de jeux. Je précise qu’on n’abîme pas le jeu du tout en jouant, il est donc revendable.
On a eu pas mal, ces dernières années, de propositions de jeux d’enquête ou d’énigmes qui voulaient apporter un peu de sang neuf face à la toute puissance des Unlock, Exit et autres Hidden Games. Entre la proposition de Behind (mon avis sur la boîte 1 et sur la boîte 2), Split Stories (gros coup de coeur), Medical Mysteries & co. Ici, on est sur une proposition à cheval entre le jeu d’enquête et le jeu d’énigmes, même si on est quand même au final plutôt sur la deuxième catégorie (on ne va pas faire d’hypothèses, de théories, essayer de comprendre des mobiles, etc. : la plupart du temps, on est quand même plutôt sur l’idée de trouver des éléments factuels qui permettent d’aboutir à une conclusion précise. Une énigme quoi).
Nous vous savez, sans livret de règle, on est perdu…
Alors ça raconte quoi ?
Déjà, première originalité, même si ce n’est pas le seul jeu à le faire évidemment : il n’y a pas de livre de règles. Juste un livret, celui de Warden Keene, le précédent gardien du cimetière de Spoon River, dont nous sommes le nouveau gardien. Et en deux pages, ce Warden Keene va nous expliquer ce qu’il attend de nous : résoudre 11 « énigmes » liées aux personnes enterrées dans le cimetière.
Là c’est le moment où vous pouvez vous moquer. En l’absence de règle, après avoir lu l’intro de m’sieur Keene, on veut s’attaquer à la première énigme, à la page suivante du livret. Mais on s’est retrouvés comme des cons. OK on a lu ce qu’on nous a dit de lire dans le livret… mais comment on installe le jeu ? On doit « installer » le fameux cimetière ? Faut ouvrir le coffret dans la boîte avec plein de pierres tombales ou faut qu’on attende qu’on nous le dise clairement ?
Bon, on a vite décidé d’arrêter d’être cons et on a déplié le « plateau » en papier qui représente le cimetière et placé les quelque 36 pierres tombales à leurs emplacements dédiés (comme sur l’image en haut)
Honnêtement, les pierres tombales auraient pu être directement imprimées sur le plateau, ça aurait été moins classe, moins agréable, mais ça aurait pu. Mais le relief qu’elles donnent au plateau augmente l’immersion dans le jeu.
(image Bombyx)
L’art de raconter avec (très) peu
Sur ces pierres tombales, bah pas grand chose de plus que sur des pierres tombales hein. La plupart du temps une date de naissance, de décès, un nom, parfois une épitaphe, parfois un truc bizarre en plus… et c’est tout ! Et c’est ça le petit tour de force du jeu, sa vraie originalité. En effet, vous n’aurez pas accès à beaucoup d’autres éléments. Pour la plupart des 11 énigmes, vous devrez vous contenter du petit paragraphe écrit par Warden Keene dans le livret pour présenter l’énigme… et juste des pierres tombales (spoiler qui n’en est pas : y’a rien de caché dessous, ce qui vous intéresse, c’est ce qui est écrit, ou pas écrit, d’ailleurs, dessus). Pour certaines énigmes, vous aurez accès à un petit élément en plus (une lettre, un calendrier lunaire…), mais l’essentiel est dans le cimetière.
A noter que le texte présentant l’énigme, généralement très court, n’est même pas forcément très clair sur ce qui est attendu de vous (c’est volontaire). Exemple fictif : Warden Keene va vous dire, par exemple, « Parfois, pendant des années, un seul petit détail sur les tombes vous échappe. Et quand vous le remarquez, c’est l’histoire dramatique de toute une famille qui se révèle. Micheline est au centre d’une affaire effroyable. Qui est la dernière personne enterrée dans le cimetière, concernée par cette affaire ? ». Et vous n’avez rien d’autre que les tombes pour comprendre
C’est vraiment une démarche intéressante, mais qui peut être frustrante si on n’est pas sûr de bien comprendre ce qu’on attend de nous, et donc on n’est pas sûr que la réponse qu’on a trouvée soit la bonne.
Trop facile ? Oui et non (vous êtes bien avancé avec ça hein ?)
Quand vous pensez avoir trouvé la réponse, vous passez à la page suivante et pouvez commencer à lire le « raisonnement » de Warden Keene, qui a résolu l’énigme avant vous. Si à un moment du raisonnement vous voyez que vous avez fait fausse route, vous pouvez arrêter de lire et retourner à l’énigme sur de bons rails. Sinon, vous pouvez lire la solution à la page suivante, écrite à l’envers.
Certaines énigmes vous prendront littéralement 5 minutes à résoudre, d’autres plutôt 45 minutes, même si évidemment ça dépend de chacun. J’ai lu que le jeu était trop facile : ce n’est pas complètement faux, mais finalement pas plus qu’un Behind, par exemple. Je pense que le système de « raisonnement » de Warden Keene fait qu’on peut facilement être tenté de lire le début de son raisonnement si on bloque, parce qu’on a l’impression de ne pas du tout savoir quoi faire. Et une fois qu’on est lancé sur le bonne piste, généralement, ça coule tout seul ensuite. Si vous voulez du défi, je conseillerais de ne pas du tout regarder le raisonnement avant d’avoir formulé une réponse. Et au final, ce n’est pas plus simple ou plus dur que la plupart des jeux d’énigmes et/ou d’enquête du marché (sauf si on parle de trucs genre Sherlock Detective Conseil, mais quand on veut battre Sherlock, car si on s’autorise toutes les pistes qu’on veut, finalement c’est pas dur).
(image Bombyx)
Tu m’as bien eu, le jeu ![]()
Avec cette histoire de pierres tombales, on active des logiques assez différentes des jeux d’énigmes et d’enquête habituels. On se dit qu’avec si peu de données dispos, ça va être facile, mais en fait, y’a plusieurs logiques (très logiques pour le coup
) liées au principe du cimetière qu’on ne comprends pas immédiatement, on se fait avoir, et on dit « ah bien joué, jeu, tu m’as bien feinté, et en plus tu l’as fait avec fair play ! ». Au final, les rares énigmes qui utilisent des éléments extérieurs au cimetière sont également très bien (vraiment hein), mais elles font en grande partie appel à des choses plus classiques dans ce genre de jeu ![]()
Ca manque peut-être d’une grande histoire !
En conclusion, je conseille Warden Keene à ceux qui aiment cette catégorie de jeux. On pourrait se dire « un de plus », mais il tire son épingle du jeu. Même si on l’a parfois trouvé trop facile, l’expérience au global est vraiment très positive, et c’est notamment lié à l’édition au poil, sans surprise venant de Bombyx. J’aurais aimé, peut-être, que toutes les petites histoires (parfois vraiment touchantes) que ce cimetière à à raconter s’entrecroisent davantage pour former la grande histoire de Spoon River. Je pensais que la 11e énigme ferait cela. En réalité pas vraiment, mais elle est intéressante quand même. Et à noter une « ultime énigme » pas annoncée comme telle (c’est pas écrit « énigme 12 », quoi), dont la solution n’est d’ailleurs pas indiquée dans le livret, qu’on a trouvée maline. Une petite récompense (un bien grand mot, récompense) sympa à ceux qui n’avaient pas envie de ranger le jeu avant d’avoir trouvé ce dernier chouette petit clin d’oeil.


