C’est à nuancer. Beaucoup.
On importe plus mais on exporte aussi beaucoup plus, au point que plus de 40% des terres agricoles servent à l’exportation (il me semble, je ne vérifie pas ma mémoire, trop chaud). Au final, et toujours de mémoire, il me semble que le bilan est en faveur de l’export avec quasiment 2M d’ha.
Mais même si ce n’était pas le cas, ce ne serait en rien un souci. C’est le bilan de ces imports / exports qui est à observer, pas les volumes ou chaque portion individuelle déconnectée de l’ensemble.
D’ailleurs, si la France a reculé au classement, c’est parce que les voisins ont accéléré plus, pas parce qu’on a régressé. On était en avance, les autres ont suivi et rattrapé (parce que la PAC, c’est quand même beaucoup la France et ses intérêts). Ce qui n’a rien de problématique encore une fois et ne peut être jugé à un instant t mais à terme (et en intégrant aussi le coût de ces gains de productivité, certaines régions espagnoles par exemple se sont mises dans des situations absurdes).
Le souci de ce genre de logique, c’est qu’on fait la même chose que Trump avec ses tarifs : on compare des données qui ne sont pas corrélées et on en tire des conclusions qui parlent bien au bon sens mais ne s’appuient pas sur une réalité. Par exemple, la souveraineté alimentaire, soutenir la totalité de l’alimentation française et donc ne plus importer, demanderait de doubler la surface agricole. Pour compenser quelle part en importation actuellement ? 20%. Remplacer ces 20% d’imports demande « simplement » de doubler la surface agricole (sans perdre pour autant en rentabilité, donc avec les mêmes merdes dedans). L’alternative ? « on satisfait 80% en divisant les surfaces par deux et on importe le reste » est au contraire très sensée.
La discussion réelle est sur ce qu’on fait et comment. Le souci n’est pas dans l’importation mais dans l’usage des terres. Les 40% environ qui servent à l’exportation, généralement sur des produits haut de gamme qu’on surproduit (et le recul de la perf française s’explique aussi par ce positionnement qui souffre en période économique « tendue »). Et la spécialisation qui permet d’aboutir à ce résultat et n’a pas réellement de sens hors économique; mais il est aujourd’hui évident qu’il est absurde de supposer que le bilan réel, incluant écologie, aménagement des territoires, santé publique etc. soit positif.
Et, enfin, parce que tout cela servait surtout à débunker un raisonnement un peu léger, un regard sur sa conclusion qui, elle, est mensongère :
Non seulement le secteur « bio » est reparti en croissance mais en plus son recul est inexact : ce qui a baissé et s’est retrouvé exploité médiatiquement (mais par qui donc ?), c’est la performance du bio dans la Grande Distri. Qui tient pour beaucoup d’une période de plus forte inflation. Durant laquelle la Grabnde Distri a souvent réduit son offre en période inflationniste. Et qui a surtout baissé pour le non-alimentaire.
Sans oublier que cela cache aussi la montée en puissance de la concurrence comme les circuits courts, les enseignes spécialisées, les garanties « sans pesticide » hors du label bio etc.
la souveraineté, c’est juste du bullshit électoral. Aucun pays au monde, pas même la Chine, c’est capable d’assurer la souveraineté de sa production industrielle ou agricole. Notre monde n’est tout simplement pas compatible avec cette chimère.
Mais le pire est que ce petit délice pour réac est finalement contre-productif en ne faisant pas travailler sur ce qui peut être fait pour assurer une transition pas trop douloureuse vers un monde où la politique agricole, et avec elle l’aménagement des territoires, par exemple, ne serait pas dictée par la seule profitabilité, par la rentabilité. On a amha bien plus à gagner à intégrer des objectifs écologiques et de mieux-être, quitte à importer la portion qu’on ne peut ou veut produire. Qu’à se draper dans l’honneur national pour 20% d’un marché en agissant comme des connards sur le reste.