il y a d'autres alternatives que l'opposition statu quo / ruptures brutales ou miraculeuses. C'est un biais courant, typiquement TINA (There Is No Alternative), et qui conduit invariablement à une forme de... dolorisme politique? (pas sur de ne pas dire une connerie en employant ce terme qui signifie peut-être tout autre chose que ce que j'ai en tête mais tant pis^^), où le changement est forcément envisagé par le prisme de la souffrance et de la crise.
Alors que la réalité actuelle est totalement à l'opposé. Il existe au contraire un foisonnement jamais vu de modèles alternatifs qui ne relèvent pas de l'attente messianique d'un sauveur ou d'un effondrement mais s'inscrivent dans une refonte progressive des mécanismes de décision (collective), de production et de répartition des richesses.
Je mets clairement ça au crédit de Elinor Ostrom de changer d'échelle d'action pour agir sur le levier local, communautaire etc. L'erreur étant de regarder vers le sommet en attendant qu'il agisse en notre faveur alors que c'est la position à la fois la plus sujette à l'inertie, donc la moins capable d'agir, et en même temps la plus éloignée en terme de "morale sociale". Alors que les choses qui fonctionnent se font essentiellement au niveau du local et des communautés (physiques ou d'intérêts). Du citoyen. Le principe de gouvernance polycentrique d'Ostrom a d'ailleurs démontré qu'un système où de multiples centres de décision locaux gèrent leurs ressources de manière autonome sont plus efficaces.
On a la démonstration depuis la Convention citoyenne pour le climat (on a des équivalents ailleurs dans le monde, ce n'est pas unique mais c'est certainement un des plus marquants) que ce genre de dispositif alternatif fonctionne même à grande échelle et est bien plus capable de prendre des décisions qu'un système électoral représentatif sans mandat. Ca confirme l'intuition qu'on pouvait faire un parallèle avec les jury de citoyens qui produisent de meilleures décisions de justices qu'un juge professionnel (dans le sens de Condorcet, je ne dis pas -ni le pense- que les juges font mal leur travail).
Des citoyens ordinaires, une fois informés par des experts contradictoires et accompagnés par des facilitateurs impartiaux, sont parfaitement à même de produire des consensus techniques et éthiques de haute qualité (là où des élus représentatifs partisans sans mandat en sont incapables). (pas de bol pour les tehnophobes et scientophobes, la technologie est indispensable à ce genre d'expérience et la science est un excellent guide dans la prise de décision collective).
Le problème au niveau de la Nation étant que l'exécutif est encore et toujours capable de ne pas "obéir" à ces décisions populaires. Mais au plan local, c'est généralement l'opposé : la proximité rend quasiment impossible le déni/mépris.
Bref, l'alternative est dans l'action concrète. Et l'alternative la plus directe se trouve à l'échelle de la commune ou du quartier. S'investir dans des dispositifs où les citoyens décident directement de leur cadre de vie, budgets participatifs locaux, interpellation citoyenne, création de « communs » urbains et naturels gérés collectivement par les habitants...
(Il ne faut donc pas non plus s'étonner que l'Etat se désengage de plus en plus des villes et cherche à réduire le plus possible leurs ressources et marge de manoeuvre : le local est le levier le plus efficace amha pour contraindre l'Etat à changer de trajectoire. Même si tout le récit politique consiste à faire dépendre, ou donner l'apparence de dépendance, des villes envers l'Etat)
les communes et les communs servent de laboratoires pour prouver que les alternatives fonctionnent. Une fois que ces alternatives locales ont créé une nouvelle norme sociale et un rapport de force favorable, l'État est contraint de s'adapter.