Question qui revient sous cette forme ou une autre des qu’on parle d’un revenu universel ou d’une allocation de début de vie. Et la réponse est toujours la même :
- Quand on interroge les gens sur ce que feraient les autres, la plupart pensent que les Gens en abuseraient et en profiteraient pour Ne rien faire ou s’en aller.
- Quand On interroge les gens sur ce qu’ils feraient, eux, s’ils en étaient bénéficiaires, la quasi unanimité à une vision très raisonnable (voire même conservatrice).
- Et finalement, quand une collectivité expérimente, peu importe où dans le monde, les gens font tous comme ils pensaient faire et plus personne ne se demande comment font les autres.
Et c’est totalement logique dans un système qui revendique le droit à la propriété (qui commence par la propriété de soi-même).
Pour autant, il n’y a aucun obstacle libéral à limiter (et même limiter très fortement) l’héritage (contrairement à ce que répètent les gens de droite qui se disent libéraux). C’est même au cœur de la pensée de John Stuart Mill par exemple, un des pères fondateurs du libéralisme (et un peu l’inventeur avant l’heure de la social-démocratie ou, en tout cas, de l’idée, il y a plus de 150 ans!, que l’industrialisation ne permettrait pas au libéralisme de progresser, que le libéralisme économique seul ne suffisait pas et qu’il revenait à la société de redistribuer les gains de la croissance qui était finie dans un monde fini…)
Mill voyait la propriété privée comme une incitation nécessaire au travail et à la production. Le droit d’hériter est une extension normale de ce droit, les individus devant être libres de disposer de leur propriété à leur guise. Ca, c’est pour les gens de droite. Cependant (ça, c’est pour les gens de gauche), il pensait qu’il y avait une limite légitime à l’accumulation de richesse à travers l’héritage. Sans réglementation et redistribution, l’héritage ne peut que créer une classe de personnes qui ne produisent rien et vivent de la richesse accumulée par d’autres (ce qu’il appelait les unearned increment, revenus ou plus-values non gagnés).
C’est donc lui qui est à l’origine de la taxation des héritages (que les conservateurs du monde entier ne cessent de combattre depuis). Même si les législateurs ont rapidement oublié que le plan de Mill comportait plusieurs points indissociables et pas seulement un impôt sur les successions destiné à financer des services publics. C’est surtout le plafonnement des héritages reçus par chaque individu (on pourrait hériter de plusieurs personnes, mais on ne pourrait pas dépasser un certain seuil tout au long de sa vie) qui devait permettre de s’assurer qu’une nouvelle classe d’héritiers ne voit le jour, reproduisant les travers de la noblesse.
150 ans plus tard, on voit le résultat d’un jeu politique qui a consisté à opposer liberté individuelle et justice sociale…
Et encore, j’aurais pu remonter de 50 ans et regarder chez Thomas Paine qui voyait la terre comme propriété commune à toute l’humanité, l’agriculture et la civilisation ayant privé les individus de ce droit naturel en transformant la terre en propriété privée. Pour compenser cette injustice, il proposait de créer un fonds, alimenté par une taxe sur les héritages et les successions, permettant de verser une somme forfaitaire à toute personne à ses 21 ans pour l’aider à démarrer dans la vie (ainsi qu’un revenu annuel versé aux personnes âgées de plus de 50 ans pour leur assurer une retraite décente, la fameuse retraite).
Pour rappel, on est là chez les fondateurs de la pensée libérale. Pour qui l’héritage et les rentes sont les maux absolus qui gangrènent la société. Dans tous les cas, l’idée est la même : distinguer la richesse créée par le travail et le capital (salaires et profits, qu’on cesse d’opposer en vain) de la richesse qui n’est pas produite par l’effort humain : la rente foncière (ou ce qui en tient lieu aujourd’hui).
En marge, je recommande aussi la découverte (car totalement inconnu en Europe, déjà qu’il fut marginal-isé aux USA) de Henry George. Comme souvent, c’est axé sur l’agraire, la terre, source de rentes du 19e. Mais ça se transpose très facilement aux captations modernes de richesse et le georgisme actuel, qui se rapproche sur de nombreux points des communs, apporte aussi des réponses très intéressantes aux problématiques environnementales, de logement, des monopoles numériques…