Aujourd’hui j’ai découvert Speakeasy, le dernier Lacerda, en solo. Après installation, ça ressemble à ça :
J’ai effectué trois parties, essentiellement pour bien intégrer les règles et pouvoir les restituer sans faire 40 000 allers-retours dans le livret. Franchement, la première partie a été fastidieuse, mais depuis la deuxième ça roule bien.
Pour les règles, y a une vidéo pas mal (en anglais) qui permet de se refaire un tour après avoir lu le livret :
Le truc c’est de faire du bif au temps de la prohibition en produisant de l’alcool (ou en en volant), parce que les gens en veulent.
Le truc, c’est de le faire consommer dans ses propres établissements sous surveillance, en évitant l’ingérence de la police.
…Et les échauffourées avec la mafia new-yorkaise.
Faut aussi falsifier les comptes, éventuellement blanchir l’argent si y a besoin, tout ça tout ça…
Les multiples actions sont réalisées par ses capos (ses subalternes) qui sont les meeples classiques d’un jeu de placement d’ouvriers. Certaines nécessitent en outre des cartes actions (il y en a de quatre types).
Jo, le bot, a un maniement vraiment simple et très rapide une fois qu’on a intégré les icônes (à partir de la 2e partie, en gros). Ses règles tiennent en quelques petits paragraphes, et quand on l’a en main trente ou quarante-cinq secondes de manipulations suffisent pour reprendre la partie entre deux tours de jeu ! 
Venons-en à mes impressions rapides :
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La première partie, donc, était la-bo-rieuse. Je revenais tout le temps aux instructions et je ne savais pas quoi faire. Mais surtout parce que, comme une andouille, j’avais oublié qu’il fallait que je prenne une carte action à la fin de chaque manche (tour de jeu), ce qui fait qu’en général je n’avais aucun choix à faire : toutes les actions m’étaient impossibles à réaliser, ou presque !!! Quel idiot ! Bon ça m’aura permis d’apprendre les pictos en me concentrant un peu.
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La deuxième m’ai laissé une très bonne impression. D’abord, c’était vraiment assez rapide (compte tenu du type de jeu et du temps nécessaire ordinairement pour les oeuvres grand format de l’auteur). En une heure (une heure et quart si on gamberge au début), le jeu est plié. On effectue onze poses d’ouvrier en tout et quelques actions à chaque fois, dont certaines sont très simples et quasi instantanées. Ça c’est très plaisant. Du coup, il y a un petit côté Chateau blanc dans la frustration de savoir qu’on ne va pas du tout parvenir à tout réaliser et qu’on aura presque toujours l’impression qu’avec un tout petit tour de plus…. ç’aurait pu le faire - ce qui nécessite une bonne dose d’optimisation.
Je pense que je ne suis pas très bon pour l’heure, et c’est ça qui m’a incité à en enchainer une troisième - ce qui est plutôt bon signe !
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La troisième, donc, a été envoyée en deux temps, trois mouvements -ou presque. De fait, je m’améliore un peu, mais la frustration est toujours là : il y a plein de trucs qui gênent et font le challenge dans leur prise en compte. Par exemple, je vois mal comme s’en sortir en cas d’attaque mafieuse de niveau 2 ou 3 sans un associé, donc il faut prévoir d’en recruter un, mais ça prend un coup, donc ça réduit de presque un dixième ta possibilité de développement ! Diantre que c’est ennuyeux ! De même, il faut recruter des hommes de main pour assurer le bon fonctionnement des bâtiments et leur valorisation en fin de partie, mais ça aussi, ça prend beaucoup de temps ! C’est marrant de pousser son petit camion pour livrer des tonneaux de binouze, mais encore une fois : attention au temps perdu ! Pis il en faut deux pour en livrer un max en un coup si on a pas mal produit, donc faut développer ses capacités, etc.
Bref… on est sur du Lacerda assez pur jus dans l’imbrication des actions et la nécessité de trouver un juste équilibre et un timing optimal. Le tout dans un temps de jeu contenu, donc, c’est vraiment un bon point. Le matériel est tout mimi, en plus : c’est sympa comme tout.
Pour autant, il y a trois choses qui me gênent pour le solo même :
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Comme tout Vital qui se respecte, le gameplay est un brin fiddly, ce qui fait qu’il faut toujours être vigilant pour ne rien oublier. En solo (au moins au début), c’est assez pénible de mettre beaucoup d’énergie à s’assurer qu’on suit correctement la procédure de jeu sans rien omettre. Je pense qu’en multi, on peut s’assurer les uns pour les autres que tout se réalise correctement, ce qui permet de se soulager un peu au moment de son propre tour pour se focaliser davantage sur la stratégie.
Là j’avais un peu le sentiment d’avoir le c** entre deux chaises : j’essayais d’optimiser, mais il fallait que je me surveille moi-même (parce qu’on a vite fait d’exécuter les actions dans le désordre ou d’en oublier une partie). Après, nul doute que cela s’arrange avec la pratique
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Mais je trouve que le plateau est trop grand. Du coup c’est un peu casse-pied de devoir, soit se relever tout le temps, soit jouer debout mais penché sur la table. Ce n’est pas très confortable ou “ergonomique”. Trop, c’est trop !
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Et, surtout, le jeu est un peu trop long à installer et à ranger. On passe presque autant de temps à distribuer les jetons ou les replacer correctement qu’à jouer à proprement parler. C’est ce qui m’ennuie le plus, sans hésitation. Les trayz sont très bien, mais il y a une quantité de petits tokens à dispatcher, empiler, retourner, etc.
C’est pour ça que j’étais dissuadé d’en refaire une quatrième et que j’ai rangé le tout pour découvrir Dragon Eclipse ou Slay the Spire, qui m’attendent sagement.
Conclusion : la partie solo en elle-même est très agréable. Je pense qu’elle est proche dans ses enjeux de la partie multi (ce qui n’était le cas pour le petit House of Fado, par exemple, dont la stratégie optimale en solo n’est clairement pas la même que les pistes qu’offre le multi). Du coup je la recommande bien pour prendre en main le jeu, mais je ne suis pas certain qu’il faille envisager de se procurer le jeu pour y jouer essentiellement dans cette configuration.
Edit : pardon j’ai oublié de préciser que je jouais en mode rookie. Le but c’était de découvrir et pas de souffrir. J’ai gagné (mais d’assez peu) à chaque fois. Mais la difficulté peut monter très vite quand on augmente le nombre de cartes « épicées » ! Et je pense que ça doit bien taper l’estomac en mode alambic maison, même en s’entraînant régulièrement.