En fait c’est assez compliqué de répondre simplement. Et ce que j’ai dit est partiellement faux. Plutôt que l’approche toxicologique j’aurais dû parler du concept de seuil toxicologique et aussi des tests réglementaires. Les tests actuellement utilisés et reconnus en tant que standards ne peuvent pas détecter certains effets. En particulier les expositions longues, les effets à dose faible, les effets cocktail, l’essentiel de la perturbation endocrinienne.
Dans les fait, on observe des effets sur les populations, typiquement des taux d’incidence de pathologies diverses (cancers, infertilité, obésité, tdha) pour lesquels les facteurs explicatifs connus (e.g. vieillissement de la population) ne rendent pas compte de la totalité augmentations observées.
En parallèle fes études de cohorte indiquent des corrélations avec des expositions diverses (plastiques, plastifiants, pesticides, métaux lourds, polluants, etc).
Or une grande partie des substances détectées dans ces études ne sont pas considérés comme toxiques aux doses d’exposition.
Plusieurs effets pourraient expliquer que ces substances puissent néanmoins agir, ces effets sont d’ailleurs de plus en plus pris en compte dans les tests réglementaires : bioaccumulation (ça se modélise), « effet coktail » (expo multiples, très galère à anticiper et mettre en évidence), effets-dose non linéaires, etc.
Mais cela ne dit pas si des molécules détectées sont responsables des pathologies, ni quelles molécules sont preoccupantes. Pour déterminer s’il existe un lien causal entre les expositions et les effets observés on utilise des modèles (particulièrement in vivo) en labo. On trouve beaucoup de données préoccupantes, et des concepts nouveaux apparaissent (perturbation endocrinienne, fenêtres de susceptibilité, etc).
Le problème est qu’entre la mise en évidence de liens causaux en labo et l’élaboration de tests standardisés à même de mettre en évidence les effets des molécules mises sur le marché il se passe un certain temps. Une décade en gros.
Et donc on a un décalage entre des scientifiques et les organismes de régulation. Ce n’est pas un complot, c’est le temps de la valorisation des données de la recherche fondamentale.
Reste deux effets qui sont néanmoins réels :
- le lobbying des industriels (fabrique du doute).
- la « vision tunnel » des chercheurs : ils sont sur leur sujet et ne sont pas forcément à même de pondérer les effets qu’ils étudient vs d’autres. Les liens causaux identifiés en labo ne sont pas tous des enjeux majeurs de santé publique.
Certains trucs sont tout de même compliqués à continuer à accepter quand on suit l’actualité de la recherche. Les emballages alimentaires par exemple. Et l’usage de certaines molécules en mode yolo (je ne pense pas qu’aux résidus agricoles : tissus d’ameublement, poêles antiadhésives, etc)