Hier j’ai joué à…

@fgillardeaux ayant dû s’éclipser rapidement après la débâcle du SS Atlantica que je viens de narrer, j'ai proposé aux trois camarades qui restaient (@WVinz, @Killmore et @Ajira) une bonne partie de Piratatak, jeu dont @WVinz, grand amateur devant l’éternel, venait justement de préciser que le sweet spot était 4. En plus, on pouvait de ce fait se rebaptiser Les 4 As de pique, comme dans les bédés,


Vous remarquerez qu'ils pointent un bateau rouge. C'est un signe.

mais avec en plus une référence habile au Roi Kipik Kipik, qui n’est pas l’alter ego de @thierry, mais un personnage de la série Les Rois et les Reines, écrite par Alex Sanders, l’illustrateur de Piratatak, et qui , de surcroît, est le roi des pirates. Vous suivez ?

Petit rappel : le jeu consiste à tirer une carte et essayer de construire son bateau composé de six pièces, en évitant les pirates qui font perdre trois cartes et passer son tour, sachant que ces trois cartes peuvent être des pièces d’autres bateaux, des sous préalablement tirés, ou des pièces de son propre navire, et qu’on peut aussi dézinguer les pirates avec un canon. Mais, dans tous les cas, si on tire un pirate, on passe son tour.

On peut aussi acheter pour trois pièces un morceau de bateau stocké chez un autre joueur et passer son tour. Enfin, on peut aussi juste passer son tour avant de tirer un pirate et de devoir se délester de quelques cartes. La stratégie consiste à savoir quand il faut jeter les pièces des bateaux des voisins et quand s’arrêter de prendre le risque de se faire aborder par un pirate (c’est-à-dire de tirer des cartes). Bref, un stop ou encore classique.

Après une bonne partie d’Insondable, inutile de dissimuler le fait que @Killmore et @Ajira piaffaient d’impatience de découvrir ce classique du jeu de pirate -que dis-je !- du jeu de société moderne en général, et qu’ils étaient très excités à l'idée de jouer « enfin à un vrai jeu, avec de la stratégie et des coups bas ».

Bon. On ne va pas se mentir, si @WVinz a fort bien débuté sa partie, si @Killmore progressait à son rythme et si @Ajira s’en sortait tant bien que mal, de mon côté, c’était plus laborieux. Je tirais pirate sur pirate, notamment Barberousse, pour la plus grande hilarité des convives et ma plus grande affliction.

C’est lui, le "gros vilain pirate" (c'est une citation du Roi Kipik Kipik)

J’entendais Aznavour être la voix de ma conscience : « Tu me blesses, me meurtris et te joues de moi… et disposes de ma vie… Tu fais naître ma douleur et, bien malgré toi, en tout cas je le pense, tu dépenses le bonheur qui vit dans mon coeur ».

Et pendant ce temps, pendant que mon coeur saignait, pendant que je souffrais silence, ils riaient à gorge déployée. Et leur turpitude offusquait ma morale et éteignait en moi la frêle chandelle d’un espoir voué à être à jamais déçu.

Mais… « What’s the difference between me and you ? », m’inspira soudain le Dr. Dre, médecin de mon âme : « I act on what I feel and never deal with emotions ».

Voilà la solution ! pendant que je regardais de-ci et de-là les corsaires se faire détruire leurs vaisseaux par des marins mutins, pendant qu’ils attendaient en vain la pièce manquante, que la pression montait, montait et que le temps passait, passait (non je ne vais pas citer à nouveau les Nèg Marrons), je me dis : « Ne te laisse pas submerger par tes émotions ! Tout ceci n’est que jeu et faux semblant ! » Agis, joue, vis, merde ! - Tire des cartes.

Et l’espoir revint. Le bateau d’@Ajira coulait, celui de @WVinz demeurait à quai, celui de @Killmore se construisait à grand peine, mais ce brigand stockait de nombreuses pièces décisives pour ses rivaux.

Pourtant, petit à petit, step by step, auraient dit les New Kids on the Block, le navire de mon espoir prenait forme. Jaune comme le poussin à peine sorti de l’oeuf : beau et luisant de la sueur de mes mains moites au possible.

Et pour me donner du courage, Koxie me dit de prendre tous ces messieurs attablés de haut. Elle a clairement chanté dans ma tête : « Tu sais que « garçon », si t’enlèves la cédille ça fait « gare con » et gare aux cons ma fille, gare aux cons. Gare aux cons, gare aux cons, qui perdent leur cédille, dididoum, dididam, dududududu ».
Alors oui, c’est pas très poli, et les amis joueurs ne sont pas des cons. Mais c’est entrainant. Et ça file astucieusement, par le jeu des samples, la chaine musicale de ce CR. Ce qui n'est pas sans évoquer métaphoriquement la mécanique de stratégie d'emprunt de pièces du jeu en question. (Oui, ça n'a l'air de rien, mais c'est très réfléchi, tout ça.)

Et, tandis que cette petite voix dans ma tête me chantait la mélodie de mon empowerment, je voyais mes adversaires perdre, petit à petit, quelques pièces, comme des cédilles, voyez-vous.

Bon, finalement, c’est @Killmore, totalement blindé, qui a gagné la partie. Voici une photo de la fin de l’affrontement. @Killmore, c'est le bateau rouge. @WVinz jouait le bleu :

Vous apprécierez la belle réussite d’@Ajira, en haut à droite. (Oui, oui : c’est l’endroit où il n’y a rien du tout. Mais je ne lui jette pas la pierre, car j’ai moi-même passé les trois quarts de la partie dans cet état de triste dénuement.)

À la fin, @Killmore a levé une tête aux yeux emplis de larmes. Il m’a dit : « Merci, mec. C’est le plus beau moment de ma vie ». Quelque peu interloqué et un tantinet gêné tout de même, je lui ai glissé : « Eh bien, camarade, puisque tu es d’humeur à faire la fête, qu’en est-il de ce fameux projet X ? »
(Ce qui, pour les amateurs de Sanders, n'est pas sans rappeler le : "Qu'en est-il de vos fameux loukoums ?" que le roi MiamMiam, les doigts dans la confiture, adresse à la reine RoseRose dans un volume éponyme.)

Ici :

Tout le monde a compris qu’il s’agissait d’une plaisanterie.
Nous nous fîmes de belles bourrades dans le dos et, nous attrapant les coudes les uns les autres, avons prononcé le serment de nous revoir bien vite, pour une autre partie de jeu.

Ce qui eut lieu. J’en pleure encore.

Et vous saurez bientôt pourquoi.

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